Source : la France pittoresque

C’est chercher à éblouir quelqu’un par de belles paroles pour se le rendre favorable ou l’empêcher de voir clair dans une affaire

Au XIVe siècle, avant l’invention de la poudre à canon, on se servait assez communément du motpoudre pour signifier poussière ; c’est ainsi qu’on l’emploie dans le langage poétique. Un écrivain, appelé Aignan, s’en est servi dans la traduction de deux vers de l’Iliade d’Homère :

Dans les champs des combats Grecs, Troyens confondus,
Cherchent leurs compagnons sur la poudre étendus.

Racine nous a laissé à ce sujet ce vers à double image : « Le corps né de la poudre à la poudre est rendu. »

C’est donc dans ces différents sens qu’il faut entendre ici le mot poudre. Il ne s’agit pas depoudre d’or, ainsi que pourrait le faire croire l’idée d’éblouir attachée à cette locution : Jeter de la poudre aux yeux, mais de poussière, comme en faisaient voler les lutteurs et les coureurs les plus agiles aux courses des jeux Olympiques dans les yeux de ceux qui les suivaient. Cette tactique avait l’avantage de gêner leurs concurrents et de les empêcher, en les aveuglant, de bien distinguer le but.

Les Latins disaient : Pulverem oculis effundere, mots que nous avons traduits littéralement. Voici un quatrain de circonstance et qui pourrait trouver sa place dans cet article :

Chère parvenus dans la carrière
Vos coursiers sont trop emportés ;
En faisant voler la poussière
Vous rappelez d’où vous sortez.

Cette locution, est employée actuellement dans le sens figuré et l’on se sert aussi d’une autre avec une nuance dans le sens : Mettre de la poudre aux yeux de quelqu’un pour indiquer que l’on peut surpasser une personne par des talents ou des vertus. On trouve celte phrase dans l’épître XXXIV à Sénèque de notre moraliste Malherbe (1556) : « Je suis transporté de joie quand, par ce que vous faites et ce que vous m’écrivez, je reconnais quelque avantage sur vous-même ; et, pour le commun, il y a longtemps que vous lui avez mis de la poudre aux yeux. »

Comme conclusion on peut dire que cette locution est parfaitement appropriée à l’usage que l’on en fait pour indiquer l’acte d’une personne qui cherche à surprendre la bonne foi des autres par des apparences de mérite, sans qu’il s’y trouve aucune réalité.