Aliénor d'Aquitaine

Alienor d'Aquitaine
C'est tout naturellement qu'Aliénor accompagne son époux Louis de France, comme d'autres dames nobles, lors de la deuxième croisade (1147-1149). Avant même son départ, elle prend une part active à la préparation de l'expédition. Elle fait des tournées dans ses terres, rallie chevaliers et barons gascons et poitevins, recueille des dons et entraîne les hommes. Elle fait également le tour des abbayes, les croisés ayant en effet l'habitude de demander bénédiction et prières auprès des ordres religieux avant le grand voyage. Tout au long de la croisade, Aliénor chevauche aux côtés des hommes, tel un soldat aguerri. Elle est faite prisonnière, elle tombe malade, elle traverse mille péripéties, mais revient saine et sauve. 
Aliénor est aussi une femme raffinée, intelligente, instruite et amoureuse des lettres. Elle reçoit d'abord une éducation religieuse et étudie le latin dans la Bible. Puis elle étend ses connaissances avec des œuvres profanes, telles celles d'Ovide. Elle apprend très tôt à aimer les textes littéraires, phénomène assez rare pour l'époque. Son esprit est formé par les oeuvres poétiques et romanesques des poètes qui peuplent constamment la cour de son grand-père Guillaume IX le Troubadour, puis de son père. Aliénor n'est d'ailleurs pas la seule femme de la li­gnée d'Aquitaine à être cultivée. Son ancêtre, Emma de Blois, épouse de Guillaume IV d'Aquitaine, avait la réputation d'être plus savante qu'un moine. Elle enseigna à son fils la philosophie, la théologie, l'astronomie, les mathématiques et la musique. Ainsi armé, Guillaume V, succédant à son père en 990, se révéla être un très bon souverain. Plus tard, Marguerite Stuart (1424-1445), à l'image d'Aliénor, étudiera la littérature française, protégera les artistes et les écrivains, et recevra dans sa chambre les gens de lettres.
Alienor d'Aquitaine
Si Aliénor ne s'est pas essayée à écrire elle-même, d'autres produisent des oeuvres qui nous sont par­venues. Quelques femmes déjà, au X' siècle en France, avaient rédigé des écrits, telle Euchérie, mariée au gouverneur de Marseille, auteur d'épigrammes riches en métaphores recherchées et raffinées. Dhuoda, épouse de Bernard de Septimanie, est l'auteur d'un Manuel pour mon fils, le plus ancien traité d'éducation qui ait été composé (841-843). A la cour d'Angleterre, Marie de France (qui serait peut-être la fille naturelle de Louis VII) laisse une œuvre abondante, dont deux recueils de poèmes amoureux, les Lais, d'une qualité remarquable.