Philippe de Commynes en 1511

 

Philippe de Commynes

Renescure (Nord), 1445 Argenton-les-Vallées (Deux-Sèvres), 1511

 

Philippe de Commynes dictant ses mémoires, assis au pied du roi
Frontispice des Chroniques du temps du roi Louis XI, de Philippe de Commynes
Musée Dobrée, Conseil général de Loire-Atlantique, Nantes
© Musée Dobrée, Conseil général de Loire-Atlantique - Nantes

 

Trop longtemps, Philippe de Commynes a été cantonné dans une image réductrice : traître à Charles le Téméraire, il avait rejoint Louis XI, dont il était devenu un ministre éminent, ayant en soi le poids de ce « péché originel ». Le personnage est infiniment plus complexe. Ancré dans le Moyen Âge par son attachement à ses terres et à ses droits féodaux, il est plus encore tourné vers un monde nouveau où il tisse ses réseaux, de sa Flandre natale jusqu’au cœur de l’Italie.

 

Commynes est né vers 1445, vraisemblablement dans une famille d’origine yproise, les Le Clyte, dont l’anoblissement date de la fin du XIVe siècle. Durant les années passées dans l’intimité du duc de Bourgogne, il apprend à connaître et à supporter le tempérament violent de son maître.

 

La célèbre entrevue de Péronne (1468) entre Louis XI et Charles le Téméraire a été déterminante dans le « passage » de Commynes. On connaît les circonstances de l’événement : un roi pris en otage par son vassal. La perspective d’une fin tragique de Louis XI n’avait rien d’inconcevable. Commynes a-t-il joué un rôle décisif dans la sortie heureuse de Louis XI de ce mauvais pas ou a-t-il donné à cette affaire une importance sans mesure avec la réalité ? Ce qui est certain, c’est que le mémorialiste en a tiré de nombreuses leçons.

 

Jusqu’à la mort de Louis XI en 1483, Commynes joue un rôle important à son service. Sa présence auprès de lui s’explique par des impératifs politiques et aussi diplomatiques. L’activité de Commynes est multiforme. Elle illustre l’élargissement du champ du mémorialiste, le transfert vers le Sud d’intérêts culturels et économiques. À la fin des Mémoires, rappelant et dépassant le souvenir de Bruges, évoquée dans les premières pages de l’œuvre, s’impose la splendeur de Venise, qui fascine Commynes.

 

Mais la situation du favori est précaire. À la mort du roi, il s’engage auprès des princes rebelles à la régence dans la guerre Folle (1485-1487). Commynes est arrêté au mois de février 1487, enfermé au château de Loches, dans une cage de fer, où il demeurera cinq mois, avant d’être transféré à Paris. Son procès se termine en mars 1489, par la confiscation du quart de ses biens et par une sentence de relégation pour dix ans. Les tracasseries judiciaires ne cesseront pas jusqu’à sa mort en 1511, sous Louis XII.

 

C’est dans les geôles parisiennes ou peu après sa sortie de prison que Commynes dicte les six premiers livres de ses Mémoires. Deux autres livres consacrés à l’expédition italienne de Charles VIII suivront dans les années 1496-1498. On connaît les pages célèbres du mémorialiste sur les princes, dont il dénonce les travers sans complaisance. Le mémorialiste s’emploie aussi à démontrer l’intérêt de l’économie et de la diplomatie dans les décisions royales. Il conviendrait d’y ajouter un troisième thème de curiosité, l’expérience militaire. Le tout est transcendé par l’écriture des Mémoires, un monument littéraire par la force et l’acuité du regard, la liberté du jugement, le poids de l’expérience.

 

Joël Blanchard
professeur à l’université du Maine 
ANR Juslittera