Fondation du monastère de Ligugé par saint Martin en 361

 

Fondation du monastère de Ligugé par saint Martin

361

 

Cerf broutant, partie d'ambon, XIe siècle
Abbaye Saint-Martin de Ligugé
© Abbaye de Ligugé

 

« Hilaire étant déjà passé [à Rome], il [Martin] suivit ses pas jusqu’à Poitiers. Ayant reçu de lui le plus gracieux accueil, il implanta pour lui-même un ermitage non loin de la ville ».

 

Ce passage de la Vita Martini de Sulpice Sévère permet de dater de 361 l’installation à Ligugé de celui qui allait devenir le premier saint guérisseur et « l’apôtre des Gaules ».

 

Martin, né en 316-317 de parents païens, fils de vétéran, avait été incorporé de force à 15 ans dans la garde impériale, malgré l’appel ressenti pour la vie chrétienne. Trois ans après, c’est la rencontre d’un pauvre à la porte de la ville d’Amiens auquel il donne la moitié de son manteau, la vision du Christ qui en est revêtu, puis le baptême. En 356, Martin obtient enfin du César Julien son congé de l’armée et vient trouver l’évêque de Poitiers Hilaire. Tous deux partagent la même foi orthodoxe du concile de Nicée. Puis Martin revient auprès de ses parents en Pannonie, séjourne en Illyrie et en Italie. Hilaire gagne l’exil de Phrygie qui lui était assigné par l’empereur pro-arien Constance.

 

C’est en 360 qu’Hilaire reçoit l’ordre de revenir en Gaule. L’ayant appris, Martin, ermite dans l’île de Gallinara sur la côte ligure, gagne Rome pour le retrouver, mais ne le rejoint qu’à Poitiers. Il y arrive à la fin de l’année 360, y séjourne quelque temps, bénéficiant d’une formation intellectuelle et spirituelle de son évêque.

 

Pour christianiser un lieu de culte païen, il fonde un ermitage (monasterium) non loin de Poitiers : c’est Ligugé, « la maison de Lug », divinité celtique. En même temps, il reste en contact avec la communauté chrétienne, formule qu’il reprendra à Marmoutier lorsqu’il sera évêque de Tours.

 

À Ligugé il ressuscite un disciple catéchumène mort en son absence. Des « frères » sont signalés autour de lui : l’ermitage est devenu monastère. « C’est à partir de ce moment que, pour la première fois, le renom du bienheureux prit de l’éclat : ainsi celui qui passait pour saint aux yeux de tous, passa également pour un homme puissant et vraiment digne des apôtres ».

 

La population de Tours, instruite des pouvoirs du thaumaturge, l’élit évêque contre son gré (370-372). Martin continue sa vie ascétique à Marmoutier et ses voyages apostoliques jusqu’à son dernier jour à Candes (397).

 

La légende s’empare dès lors de sa mémoire, les miracles se multiplient sur sa tombe : le sanctuaire, agrandi, où affluent les pèlerins, est un haut-lieu de l’orthodoxie. Le roi franc Clovis vient y faire l’hommage de sa victoire sur les Wisigoths et sa dynastie perpétuera sa dévotion. Les églises consacrées à saint Martin se multiplient sur les lieux réels ou supposés de son passage. En 591, l’évêque Grégoire de Tours raconte son pèlerinage sur le lieu de la résurrection du catéchumène. Des moines dirigés par un abbé y vivent.

 

Mille six cent cinquante ans après l’installation de Martin, des moines sont toujours présents sur le même lieu et continuent à réciter la louange divine et la profession de foi trinitaire jadis implantées dans un vallon poitevin pour rayonner sur le monde.

 

Marc du Pouget
directeur des Archives départementales 
et du Patrimoine historique de l’Indre