Arnaud de Villeneuve en 1311

 

Arnaud de Villeneuve

1235/1240 - 1311

 

Arnaud de Villeneuve représenté sur le traité d’arpentage de Bertrand Boysset
Manuscrit autographe du début du XVe siècle
Carpentras, Bibliothèque Inguimbertine
© Bibliothèque Inguimbertine (Carpentras)

 

Arnaud de Villeneuve naît entre 1235 et 1240 en un lieu encore indéterminé, peut-être à Santa-Maria de Jiloca, près de Daroca, dans le bas-Aragon. Il serait issu d’une famille originaire de Villeneuve-en-Provence, sans doute des juifs convertis, et passée en Catalogne. Lui-même, se définit plus tard comme catalan. Il grandit à Valence, mêlé à une population musulmane. Il apprend l’arabe et, vers 1260, entreprend des études de médecine à Montpellier, se marie avec Agnès de Blasi dont il aura une fille. En 1281, il devient le médecin de la couronne d’Aragon, celui de Pierre III d’Aragon, puis de Jacques II, son fils, dont il est le confident et, parfois, l’ambassadeur. Il s’installe alors à Barcelone.

 

Vers 1280, il écrit son premier ouvrage de médecine, 70 titres suivront, fruit de son enseignement comme maître régent des études médicales à la faculté de Montpellier, de 1289 à 1299. Il sera également, à l’occasion, le médecin de Boniface VIII qu’il soulage de la gravelle au moyen d’un sceau d’or astrologique (1301), puis celui de Benoît XI et de Clément V. La médecine d’Arnaud de Villeneuve se caractérise par la recherche de théories donnant une structure mentale à cette discipline qu’il envisage comme une science à part entière ; de là vient qu’il s’inspire des travaux de Galien et d’auteurs arabes comme Avicenne, Al-Kindi ou encore Ar-Râzî. Cependant, il ne méconnaît pas l’importance de la médecine comme pratique et il sera même tenté de privilégier une médecine instrumentale parfois sans rapport ou contredisant la théorie, si l’intérêt du patient l’exige. L’influence d’Arnaud de Villeneuve ne s’arrête pas à la médecine. La guérison du pape Boniface lui confère une renommée extraordinaire qui explique en partie pourquoi son nom est attaché à de nombreux ouvrages d’alchimie, d’astrologie mais aussi de magie que, pourtant, il dénonce dans un texte.

 

Arnaud est aussi un mystique d’action. Formé par les dominicains de Toulouse et par Ramon Martí qui l’initie aux études hébraïques, il adopte les idées de Pierre de Jean Olieu (Olivi), soutient la cause des franciscains spirituels (querelle de la pauvreté) et il commet un opuscule sur la venue et l’acmé de l’Antéchrist. Il connaît alors la prison et la disgrâce. Ses tribulations le rangent un peu plus dans le camp des contestataires. Il prend ouvertement le parti des « spirituels » ; et dans des écrits latins et surtout catalans destinés à la divulgation, il professe un christianisme intégral, nourri par des lectures et une inspiration prophétiques, éclairé par une réflexion sur le nom de Dieu proche de la Kabbale.

 

En 1309, le roi de Sicile, Frédéric, tourmenté par un songe, l’appelle auprès de lui. En 1311, après une mission diplomatique, il meurt au large de Gênes où il est inhumé. Ses ouvrages spirituels sont condamnés par l’Inquisition, tandis que l’œuvre médicale et scientifique, authentique et apocryphe, ne cesse d’être commentée et de proliférer. Avec Raymond Lulle, il est le père des lettres catalanes.

 

Antoine Calvet
docteur ès lettres