Laboratoire d'alchimiste


Laboratoire d'alchimiste


Longtemps confondue avec l'occultisme, la magie et même la sorcellerie, l'alchimie est bien plus qu'un « art de fabriquer de l'or » ou le simple précurseur historique de la chimie. Elle revêt une importante dimension psychologique et spirituelle. À travers symboles et allégories, elle établit des relations entre la vie des métaux et l'âme. La purification des matières premières, qui permet d'obtenir la pierre de la sagesse (ou pierre philosophale), clé de la transmutation des métaux non précieux en or et en argent, correspond à la purification de l'être, opération indispensable à la suprême connaissance. Conçue comme une doctrine de salut, l'alchimie passe aussi bien par la manipulation des éléments que par la méditation, d'où la présence généralement, à côté du laboratoire de l'alchimiste, d'un oratoire pour la prière et l'ascèse.
Cette mystique expérimentale n'est cependant accessible qu'aux initiés. Tout écrit alchimique regorge de fables, d'énigmes, de chiffres et de lettres, de signes, qui visent à égarer le profane. La transmutation et la pierre philosophale sont, par exemple, symbolisées par un arbre portant des soleils à ses branches, un lion ou un enfant couronné, en habit royal de couleur rouge. Seul l'alchimiste « initié » est capable de déchiffrer les symboles car il part de principes traditionnels, jalousement gardés et transmis de maître à disciple. C'est ce qui le distingue du « souffleur », qui s'efforce de retrouver ces secrets empiriquement, en combinant les recettes. Les « faux » alchimistes associent bien souvent magie et sorcellerie, quand ils ne sont pas de véritables charlatans et mythomanes, à l'image du célèbre César qui vivait à Paris sous Henri IV.

Une mystique expérimentale

L'archétype de l'alchimiste traditionnel est incarné par Nicolas Flamel (1330-1417). Cet écrivain public parisien (vraisemblablement un usurier florissant) a été popularisé par le Livre des figures hiéroglyphiques de Nicolas Flamel, escrivain, censé être son autobiographie bien qu'il n'ait été publié (et sûrement écrit) qu'en 1682. L'histoire dit donc que le modeste Nicolas serait devenu soudainement très riche après avoir trouvé un grimoire qui cachait le secret de la pierre philosophale. Pendant vingt et un ans, il va s'efforcer d'en déchiffrer les hiéroglyphes. Toujours d'après la légende, il aurait appris la kabbale juive auprès d'un médecin espagnol lors d'un pèlerinage à Compostelle en 1379, et c'est à son retour qu'il aurait réussi à réaliser le « Grand Œuvre », la fameuse transmutation, devenant ainsi un « adepte » immortel.


Nicolas Flamel

Secret, initiation, piété, immortalité : ces constantes se retrouvent dans les existences et les activités de nombreux alchimistes occidentaux, comme le médecin Arnauld de Villeneuve (XIIIe s.), le philosophe aristotélicien Albert le Grand (XIIIe s.), le mystique et philosophe catalan Raymond Lulle (XIIe s.), l'Allemand Basile Valentin (XVe s.), le comte de Saint-Germain (XVIIIe s.) ou encore l'anonyme Fulcanelli (XXe s.)…

Des origines obscures

L'origine de l'alchimie n'est pas connue. On la dit très ancienne, mystérieuse, souvent divine. Elle coïnciderait avec la dispersion des castes de « forgerons sacrés » des peuplades préhelléniques, en particulier des Cabires (habitants de l'île méditerranéenne de Samothrace). Ces « fils du feu » ont eu une influence dominante sur les rites métallurgiques dont découlent les premières notions de l'alchimie ancienne. Ils ont très certainement transmis leur savoir à la péninsule grecque et à l'Égypte. La plupart des « adeptes » se réfèrent toutefois à l'origine égyptienne de l'alchimie, pratiquée comme « un art sacré » dans les temples pharaoniques. Cette tradition sacerdotale repose sur Toth, maître des sciences et des arts, que les Grecs assimilent à Hermès Trismégiste.

Versions chinoise et arabe

L'alchimie se développe ensuite particulièrement à Alexandrie, ville « ouverte » et nourrie des influences orientales et hellénistiques. À l'influence des spéculations philosophiques de la Grèce antique se mêle celle de l'alchimie chinoise, fondée par Tsou Yen au IVe siècle et dont l'objectif premier est la recherche de l'immortalité. Essentiellement taoïste, elle repose sur la conjonction des opposées (yin et yang, le Soleil et la Lune, le mercure et le plomb…) qui permet de découvrir la source ultime de toutes choses. Les Arabes ont également eu une influence importante, à partir du VIIe siècle. L'alchimie doit ainsi beaucoup de ses conceptions théoriques et techniques aux médecins Geber (VIIIe s.) et Rhazès (IXe s.), ainsi qu'aux philosophes Avicenne (Xe s.) ou Averroès (XIIe s.), qui découvrirent de nombreuses substances et inventèrent de nouveaux procédés chimiques.


Alchimie persane

L'âge d'or de l'alchimie se situe toutefois au Moyen Âge. Au XVe siècle, elle est pratiquée dans presque toute l'Europe. L'empereur Rodolphe II, monté sur le trône d'Allemagne en 1576, fait de son palais de Prague le rendez-vous des adeptes européens. La doctrine alchimique de l'époque, proche d'une « science de la nature » n'est pas considérée alors comme incompatible avec la pensée chrétienne. Ce n'est qu'au XVIe siècle que l'on trouve des alchimistes chrétiens affranchis de toute soumission à l'égard de l'Église. C'est le cas du médecin Paracelse (XVe s.), et de son contemporain Agrippa.
Comme l'astrologie, l'alchimie est cependant victime de la montée en puissance de l'esprit scientifique. Et pour un Isaac Newton (1642-1727) qui y trouve en partie le fondement et l'illustration de sa théorie de la gravitation, l'essentiel des savants la rejettent à partir du XVIIe siècle. Un siècle plus tard, elle fleurit surtout dans les hauts grades maçonniques, et ne survit aujourd'hui que grâce à quelques rares initiés…