Les chemins de granit

Les chemins de granit - I Ghjovannali

Aleria (Corse), été 1352.

Ugolinu, jeune chevalier d’une vingtaine d’années, débarque en Corse d’une nef pisane. Son père, qui avait été livré aux Génois avec Giudice della Rocca, grand seigneur et chef du clan des Cinarchesi trahi par les siens, avait formulé le vœu qu’il aille sur la terre des ancêtres. En Alta Rocca, région d’origine de sa famille, il est hébergé par le frère de lait de son père, Santu, ancien moine accusé d’hérésie et voué à l’alchimie qui vit en ermite sur le Monte Maiu. Il rencontre une étrange et belle jeune femme, guérisseuse et réputée devineresse, la Filettacina, mais la recherche d’un manuscrit du pape Jean XXII contenant des secrets compromettants (1316-1334) le conduit au village voisin de Carbini. Il va être alors entraîné dans les évènements tumultueux qui agitent l’île.

Après la peste noire qui a décimé la population entre 1347 et 1349, la Corse est en proie aux violentes rivalités qui opposent Gênes, Pise et le roi d’Aragon, et aux méfaits de seigneurs assoiffés de pouvoir qui terrorisent la plèbe des vallées et des villages. A Carbini vient de naître une secte, « I Ghjiuvannali ». En prônant le retour à la pauvreté primitive de l’église, la fraternité, la redistribution des richesses, elle exprime une profonde révolte populaire. Dirigée d’abord par un vicaire charismatique, fra Ristoru, elle est excommuniée, attaquée par les féodaux, puis prise en mains par deux bâtards sans terre du seigneur di Tadda, Paulu et Arrigu. Peu porté au mysticisme et très attaché à son indépendance, Ugolinu, qui fonde une famille avec une jeune fille de Carbini, refuse de s’y engager, mais il ne peut échapper aux remous qu’elle suscite jusqu’à la croisade qui l’anéantit, ni aux bouleversements que suscite l’insurrection populaire qui aboutit dans le Nord, « En-Deçà des Monts », à l’instauration du régime communal.