Par Tolkien

 

Un homme hérita d’un champ où se trouvait un amas de vieilles pierres, vestige

d’un ancien palais. Une partie de ces pierres avait déjà été utilisée pour édifier la

maison dans laquelle il résidait, en vérité, non loin de la vieille demeure de ses

pères. Il prit des pierres parmi les ruines et érigea une tour. Mais en arrivant, sans

même se donner la peine de monter l’escalier, ses amis virent immédiatement que

ces pierres avaient jadis appartenu à un édifice plus ancien. Aussi renversèrent-ils

la tour, non sans peine, afin de chercher sculptures et inscriptions enfouies, ou de

découvrir où les lointains ancêtres de cet homme s’étaient procuré leurs matériaux

de construction. Soupçonnant l’existence d’un gisement de houille dans le sol,

certains se mirent à creuser, jusqu’à en oublier les pierres. Tous disaient : « Cette

tour est très intéressante », mais aussi, après l’avoir renversée : « Dans quel état la

voici ! » Et on entendit même les propres descendants de l’homme, dont on aurait

pu s’attendre à ce qu’ils réfléchissent davantage à son entreprise, qui

murmuraient : « Quel drôle de bonhomme ! Figurez-vous qu’il a utilisé ces vieilles

pierres pour bâtir une tour qui n’avait aucune raison d’être ! Pourquoi donc n’a-t-il

pas restauré la vieille maison ? Il n’avait aucun sens des proportions. » Mais du

haut de cette tour, l’homme avait pu contempler la mer

Cette parabole de la tour, racontée par Tolkien dans son essai sur

1.Beowulf,