UNE ORDONNANCE DE 1436 A L'OCCASION DE LA PESTE (D'après un article paru en 1853)

 

 

UNE ORDONNANCE DE 1436 A L'OCCASION DE LA PESTE
(D'après un article paru en 1853)

Voici l'ordonnance arrêtée au consulat de Béziers le jeudi 12 avril 1436, pendant une épidémie qui ravageait la ville. Nous en donnons la traduction d'après le registre des procès verbaux de l'hôtel de ville, imprimés dans le Bulletin de la société archéologique de Béziers :

 Dimanche prochain il sera fait une procession générale où sera porté le corps de N.-S. Jésus-Christ avec les cierges allumés de toutes les confréries et corporations de métiers. On y portera aussi toutes les reliques des églises de Béziers, et le dais sera tenu par des prêtres et non par des laïques. On partira de Saint-Nazaire (la cathédrale), et on se rendra au cimetière de Saint-Aphrodise où il y aura prédication solennelle. La grosse cloche de la cathédrale sera sonnée aux frais de la ville. Les gens du commun suivront la procession avec un cierge en leur main et les pieds nus, tous ceux qui pourront le faire.
 Les prêtres les plus recommandés par leur dévotion seront choisis parmi le clergé des églises et des monastères, pour dire des messes votives ordonnées par le conseil de la ville.
 Comme le dimanche n'est pas assez rigoureusement observé, on aura à s'abstenir de vendre ce jour-là quelque marchandise que ce soit, aussi bien que de jouer aux dés, aux osselets ou au palet. Tout le monde devra être aux églises pour entendre la messe, les vêpres et le sermon.
 Les chefs des métiers seront avertis que la cloche sonnera les samedis à heure de vêpres, pour que le travail cesse incontinent dans les ateliers.
 Les cordonniers ne feront le dimanche de chaussures neuves pour personne, ni les tailleurs d'habillements neufs, et leurs ateliers seront fermés. Fermées aussi seront les boutiques des apothicaires et de tous les autres marchands, pour que rien ne se vende ce jour-là.
 Tous les tribunaux de Béziers seront fermés également.
 Les bouchers ne tueront plus le dimanche pour la vente du lundi. Les viandes débitées le lundi seront tuées le matin même.
 Les ordonnances rendues par le sénéchal de Carcassonne et de Béziers au sujet des jeux de hasard et des blasphèmes, seront publiées de nouveau.
 On prendra des mesures à l'égard des excommuniés.
10° Les maisons mal famées de la ville seront l'objet d'une surveillance particulière.
11° Les taverniers ne se tiendront pas le dimanche dans leurs tavernes, qui sont lieux où l'on joue et où l'on jure.
12° Les rôtisseurs et chandeliers ne feront cuire le même jour ni viande, ni quoi que ce soit, dans leurs fours et fourneaux.
13° Les rues seront nettoyées de toutes les ordures qui engendrent l'infection ; les inspecteurs des rues y prendront garde.