Une paradoxale unanimité

Une paradoxale  unanimité

 


On sait combien, dans l'espèce humaine, une unanimité, c'est à dire une complète conformité d'opinion est chose rare. Au point que l'on peut se demander si, pour l'avoir une fois réalisée, il ne faudrait pas ajouter un nouveau miracle à la liste déjà longue de ceux que Jeanne d'Arc compte à son actif.

 

...Et le plus extraordinaire, le plus paradoxal est que cette unanimité se soit faite, sur sa personne, entre des ennemis irréconciliables, engagés depuis près d'un siècle dans une lutte sans merci : les Français d'un côté et les Anglais de l'autre.

 

Comment cela se peut-il?...La chose est fort simple. Dès son fracassant débouché sur la scène de l'histoire, au cours des quatre batailles qui en neuf jours mirent fin au siège d'Orléans traînant depuis sept mois, Français et Anglais furent unanimes à reconnaître dans la bergère de Domremy, l'action évidente, aveuglante, bouleversante, du surnaturel dans des événements défiant toute logique humaine. La suite n'allait pas tarder de le confirmer avec éclat.

 

Les Français l'avaient compris du premier coup. Leurs chefs, leurs soldats qui depuis le début du siècle étaient régulièrement battus dans une longue série de défaites, l'Ecluse, Crécy, Calais, Poitiers, Azincourt, Cravant, Verneuil, Rouvray, voyaient sous l'épée magique de cette Pucelle de dix-sept ans, le sort se renverser, la situation se retourner, comme par enchantement au sens le plus fort du mot. Décidément, cette Jeanne était bien envoyée du ciel comme elle l'avait annoncé. Aux yeux de tous, c'était une évidence. Une évidence vécue!....

 

Bien plus encore pour les Anglais, mieux placés que leurs ennemis pour apprécier la cuisante efficacité de ses coups, cette fille était le porte-épée d'une puissance surnaturelle. Si bien que devant l'impossibilité de lutter contre les forces de l'au-delà, un courant de désertions se propageait dans l'armée anglaise démoralisée, dont son chef, le duc de Bedford donne des échos indignés dans les lettres alarmées qu'il expédie à Londres.

 

Dans ce beau concert d'unanimité, le seul point sur lequel l'opinion des Français et celle des Anglais divergent, est que pour les premiers cette influence est manifestement d'origine divine, comme Jeanne elle-même l'a clairement annoncé... et les savants théologiens l'ont reconnu. Par contre, pour les seconds, le caractère foudroyant des interventions de la Pucelle et l'abominable suite des malheurs qui en résultaient faisaient que la même influence surnaturelle si évidente ne pouvait provenir que du diable... Et cette terrible conviction ajoutait encore à leur panique. On peut donc dire que sur ce point, les ennemis de Jeanne ont été ses meilleurs garants.

 

Tel est le fond des choses sur lesquelles l'observateur actuel de l'histoire de la guerre de Cent Ans doit concentrer toute son attention. Ici, les témoins ont parlé. Les témoins des deux camps, contemporains de Jeanne. Acteurs où victimes de ces événements prodigieux ont exprimé la même certitude. Aux yeux de tous, aux yeux de ceux qui ont vu, qui ont participé ou subi, le caractère surnaturel de la paradoxale intervention guerrière de Jeanne d'Arc était une évidence, une réalité.

 

....C'est ce qu'il importe aujourd'hui, de bien comprendre!...