Une entrevue avec René Olivier

« L’actualité de Jeanne d’Arc »

 

Une entrevue avec René Olivier

 

Jeanne d’Arc, une figure de légende connue !?

« Même après cinq siècles, on n’a pas fini d’en découvrir les richesses ! » s’exclame rené Olivier, notre Président. Et de s’attacher avec bonheur à démontrer dans l’entrevue ci-dessous la constante nouveauté de l’étonnante bergère de Domremy devenue l’héroïne nationale.

 

 


Question d’entrée en matière. Nous célébrons en ce moment la Fête Nationale de Sainte Jeanne d’Arc; l’une des solennités qui tiennent le plus au cœur de ceux qui demeurent conscients des hautes valeurs de notre patrimoine national et chrétien.

 

Jeanne d’Arc et son épopée sont donc particulièrement présentes dans les pensées des Français d’aujourd’hui. Mais tout cela, pour beaucoup d’entre eux, c’est de l’histoire; c’est du souvenir; c’est du passé; un passé très riche certes, mais qui remonte déjà à cinq siècles.

 

Aussi, nous voudrions vous demander à vous René Olivier qui êtes Président de l’Association Universelle des Amis de Jeanne d’Arc : qu’en est-il de Jeanne d’Arc dans notre actualité? ...Et pour donner à notre question un sens encore plus précis : existe-t-il de nos jours une actualité de Jeanne d’Arc ?

 

Réponse : Votre question se pose d’autant plus, qu’il existe non seulement une « actualité » de Jeanne d’Arc, mais même une « actualité brûlante ». Et de plus, cette actualité brûlante est tellement vivante, tellement riche de potentialités nouvelles, au point qu’il faut aussi parler d’un « avenir » de Jeanne d’Arc.

 

Question : Fort bien! .. Mais parlons d’abord de cette actualité. Comment la voyez-vous?. Comment pouvez-vous la définir?. Autrement dit, comment après les cinq siècles qui nous séparent de l’événement, peut-on parler d’une actualité de Jeanne d’Arc?.

 

Réponse. Justement, parce que Jeanne d’Arc est un personnage si riche, que même après cinq siècles, on n’a pas fini d’en découvrir les richesses... et quelles richesses!. Toute l’histoire de ces cinq siècles, c’est-à-dire l’histoire posthume de Jeanne d’Arc, est là pour nous permettre de comprendre ce mystère. Et pour le comprendre, c’est donc à cette source qu’il faut remonter.

A l’origine, nous le savons, il y a cette épopée éblouissante, unique dans la vie de l’humanité, où une bergère de seize ans, parfaitement ignorante, se transforme brusquement en un Chef de Guerre qui, en une douzaine de batailles furieuses, écrase des armées ennemies jusque là victorieuses et renverse le sens de la guerre de Cent Ans.

 

Puis, au second acte, il y a le drame de Rouen. La sainte héroïne, tombée aux mains de ses ennemis par suite d’une trahison, est condamnée et brûlée, par un tribunal ecclésiastique composé en majorité de prélats et religieux véreux, vendus à l’ennemi anglais.

 

Enfin, avec un fâcheux retard de 25 années d’un silence gêne, débouchant timidement sur une peu édifiante phase de formalités paperassières et arguties juridiques tatillonnes, l’Église casse et stigmatise l’ignoble jugement de Cauchon et ses complices et réhabilité la sainte victime, lavée d’une infamie qui est en fait celle de ses premiers juges.

 

Cet acte s’imposait vraiment à la conscience humaine. Mais il n’allait pas plus loin. Il n’allait pas jusqu’à condamner ceux que l’Église, pour se laver de toute compromettante responsabilité, aurait dû avec dégout, vomir de son sein par une sentence d’excommunication sacramentelle.

 

De même, rien ne fut entrepris pour la véritable justification de Jeanne, par une reconnaissance formelle et canonique de sa sainteté, pourtant si évidente de son vivant que l’ayant clairement perçue, les contemporains l’avaient baptisée « l’Angélique ». Telle fut la situation jusqu’au milieu du XVème siècle.

 

Question. Mais après, qu’advint-il de la mémoire au moins historique de Jeanne d’Arc?.

 

Réponse. Hélas!... à peu près rien!...Si le nom de Jeanne d’Arc fut toujours présent dans quelques mémoires, son glorieux souvenir finit par se diluer dans le nuées imprécises d’une légende dorée, agrémentée d’une iconographie aberrante. Ainsi naquit dans les pensées, l’idée d’une Jeanne d’Arc déguisée en Walkyrie avec chapeaux à plumes et jupes larges, brandissant une méchante rapière à embrocher un boeuf. Au mieux, on se la représentait comme une émule d’un Guillaume Tell ou d’un Robin-des-Bois sans aucun bien avec une réalité historique concrète.

...Et cet état d’oubli somnolent, témoignant de l’indigence intellectuelle des têtes pensantes qui auraient dû s’en préoccuper, dura cinq siècles.

 

Question. Et au bout de ces cinq siècles d’oubli coupable?

 

Réponse. Et bien, au bout de ces cinq siècles, une explosion se produisit. Et ce fut là un vrai miracle : celui de la première phase de ce que nous considérons aujourd’hui comme « l’actualité de Jeanne d’Arc ».

L’événement qui mit le feu aux poudres se produisit dans le dernier quart du XIXème siècle, lorsqu’un universitaire rationaliste, nullement attiré par le coté mystique de Jeanne d’Arc, mais savant d’une honnêteté scrupuleuse et dévoreur passionné d’archives historiques, mit la main sur cette mine d’enseignements que constituent les minutes des deux procès du XVème siècle. Il s’agit de Jules Quicherat, le Directeur de l’Ecole des Chartres. De 1841 à 1849, il publia en 5 gros volumes, les résultats de ses travaux qui mirent aussitôt en alerte le monde réservé de l’érudition.

Question. Ce fut donc l’origine d’une nouvelle reconnaissance de Jeanne d’Arc?

 

Réponse. Oui! L’origine. Mais un troisième acte allait intervenir pour donner à l’événement une dimension nouvelle. Le fait s’est produit le jour où, poussé par une simple et légitime curiosité intellectuelle, Mgr Dupauloup, alors évêque d’Orléans, lut l’ouvrage de Quicherat.

 

Ebloui par les merveilles qu’il y découvrit, brusquement il se frappa le front en s’écriant : « Mais c’est une sainte!...Voilà la seconde révélation!... A son tour, il faisait une découverte... après 5 siècles d’un silence borné, où tant de consciences somnolentes étaient passées à coté de cette splendeur!...

Dès lors, suivant l’élan de sa haute conscience, le 8 Mai 1841 Mgr Dupauloup entreprit avec toute la vigueur de sa foi, l’œuvre qui s’imposait à l’Église comme un acte de rachat, la reconnaissance formelle de la sainteté de Jeanne d’Arc, par la voie sacramentelle de la canonisation.

 

Disparu trop tôt, Mgr Dupauloup ne vit pas l’achèvement de son oeuvre, qui fut reprise et menée à bonne fin avec un merveilleux enthousiasme par son second successeur au siège épiscopal d’Orléans, le Cardinal Xavier-Marie Touchet. C’est ainsi qu’après 79 années des lenteurs formalistes d’usage, le 16 Mai 1920 en la basilique Saint-Pierre-de-Rome, devant 6 cardinaux, 85 archevêques et évêques et une multitude de 15.000 pèlerins français, Benoît XV proclamait enfin la sainteté de Jeanne d’Arc. L’événement fut suivi de peu par l’institution en France de la Fête Nationale dont la célébration demeure fixée au 8 Mai, jour anniversaire de la Victoire d’Orléans.

 

Question. Nous avons donc atteint, ces jours là l’actualisation de Jeanne d’Arc?

 

Réponse. Pas du tout, car si merveilleuse soit-elle, cette radieuse sainteté n’épuise pas toute les richesses de Jeanne d’Arc. S’en tenir là serait oublier que Jeanne d’Arc est une sainte pas tout-à-fait comme les autres, car pour elle, le chemin du ciel passe, qu’on le veuille ou non, par le champ de bataille. Or, n’oublions jamais que c’est le ciel lui-même qui l’a voulu ainsi, car c’est sur son ordre que Jeanne d’Arc, contre son propre gré, a pris les armes.

 

Dans ce domaine, une nouvelle découverte reste à faire... et quelle découverte!... Et c’est par là précisément, que nous entrons dans une nouvelle phase, la phase présente, de la véritable actualité de Jeanne d’Arc, celle de l’aspect militaire beaucoup trop inconnu de son personnage et de son épopée.

 

Question. Voilà un sujet sur lequel il serait bon de donner quelques éclaircissements.

 

Réponse. Là, l’explication est fort simple. Tous les grands noms qui font autorité dans la connaissance de l’Art militaire, de Vauban à Prussègue, de Napoléon, de Frédéric II à de Guibert, de Jomini à tous les pontes de la guerre moderne qui ont laissé de savants et volumineux traités, tous sont passés à coté des enseignements des campagnes de Jeanne d’Arc, avec autant de légèreté que les gens d’Église à propos de sa sainteté. C’est désolant mais c’est ainsi. C’en est au point que dans ce domaine où tout est à reprendre, Jeanne d’Arc est encore une grande inconnue. Voilà donc de la nouveauté en perspective... et aussi de fameuses surprises!...

 

Question. Bien sûr, on ne peut, au cours d’un interview, s’engager dans un cours magistral de stratégie générale. Mais pourriez-vous au moins nous livrer en deux mots quelques indices significatifs de cet apport révolutionnaire de Jeanne d’Arc dans l’Art militaire de son temps?...

 

Réponse. C’est bien simple : il suffit de regarder. Ses manœuvres sont parlantes. A Orléans par exemple, elle inaugure une stratégie « en coup de faux » qui, d’Est en Ouest, en trois batailles foudroyantes, elles dégagent toute la rive gauche de la Loire, rétablissant la communication par le pont, rendant inutile la poursuite du siège et obligeant le retrait sans combat de la force principale de l’ennemi implantée sur les fortifications de la rive droite. Depuis l’antiquité, on n’avait jamais revu une conception de cette nature, ni de cette envergure. Que pouvaient faire les généraux anglais devant ce foudre de guerre de génie? Ce qu’ils on fait : battre en retraite sur le coude de la Loire en abandonnant le siège auquel ils mettaient tant de prix!

Autre exemple!... A Jargeau, où elle les poursuit sans relâche, Jeanne passe à l’attaque. Après un exploit balistique qui fait l’émerveillement de ses capitaines, car elle était maîtresse dans l’utilisation de l’artillerie, elle enlève en une journée de combats acharnés, une place forte défendue, équipée et pourvue pour tenir six mois de siège.

A Patay, c’est l’attaque frontale écrasant sous une charge furieuse, deux armées ennemies surprises en flagrant délit d’installation sur deux dispositifs défensifs classiques.

 

Nouvel exemple particulièrement significatif : A Lagny, se trouvant brusquement en face d’une position défensive solidement organisée, exactement semblable à celle qui 14 ans plus tôt à Azincourt avait provoqué le désastre tristement célèbre de l’armée française, Jeanne d’Arc improvise une nouvelle forme d’attaque qui laisse l’ennemi désemparé et obtient en moins de deux heures une victoire totale. Ce résultat est obtenu :

 

1°) par la géniale introduction dans le combat en rase campagne, comme arme de rupture, de l’artillerie jusque là utilisée uniquement comme arme de siège. Cette acquisition nouvelle est strictement personnelle à Jeanne d’Arc. On doit lui en laisser le privilège.

 

2°) Par la remise en pratique, perdue de vue depuis la fin de l’Antiquité, de la stratégie «d’encerclement-anéantissement », qui avait, jadis, valu une gloire immortelle à Epaminondas à Leunetres et à Hannibal à Cannes. Ajoutons que cette bataille de Lagny est la confrontation de 2 formes de combat : la conception statique de Frauquet d’Arras, celle des Anglais et la conception manœuvrière de la Pucelle. Arrêtons nous là, car les exemples ne manquent pas, à Montepilloy, à la Charité-sur-Loire, à Compiègne surtout, pour illustrer le rôle de Jeanne d’Arc en tant que rénovatrice de l’Art Militaire médiéval. Il y a donc sur ce point un vide énorme à combler, où nous nous retrouvons en pleineactualité de Jeanne d’Arc.

 

Question. Tout cela en effet, est impressionnant. Mais à ce point, cependant, une question vient à l’esprit. Dans les résultats magnifiques que vous venez de rappeler, quels furent les rôles respectifs de Jeanne d’Arc et de ses capitaines, car elle n’était pas seule à la tête de cette armée. Elle était fort bien entourée et les noms de ces guerriers de valeur figurent eux-aussi dans l’histoire. Autrement dit, à qui revenait, dans tous ces faits d’armes, le mérite de la conception des opérations et l’initiative du commandement? Jeanne d’Arc n’était-elle pas quelque peu aidée?...

 

Réponse. S’il est une question à laquelle il soit facile de répondre, c’est bien celle-là. Car ici, l’histoire nous renseigne avec une étonnante précision.

Il faut, en premier lieu, considérer un fait général. Depuis la bataille de l’Ecluse (1430), les généraux français de la guerre de Cent Ans étaient constamment et pitoyablement vaincus. Les épisodes glorieux de Bertrand du Guesclin de Pontvallin (1370) et de Cocherel (1394) n’avaient été que des succès éphémères, noyés dans une interminable suite de désastres, de Crécy (1346), Calais (1347), Poitiers (1356), Azincourt (1415), Cravant (1423), Verneuil (1424) et enfin le dernier à Rouvray le 12 Février 1429, juste à la veille de l’entrée en scène de la Pucelle.

 

Puis, tout d’un coup, on assiste en l’espace de quelques mois à un foudroyant déferlement de victoires, d’Orléans, Jargeau, Meung, Beaugency, Patay, la Charité-sur-Loire, Saint-Pierre-le-Moutier, Montepilloy, jusqu’à Compiègne où les anglo-bourguignons sont régulièrement et épouvantablement écrasés.

 

Voilà donc, devant ce contraste saisissant, un fait historique formellement établi : le sens de la guerre de Cent Ans se trouve brutalement renversé à partir d’une date précise : le mercredi 4 mai 1429. Or, que s’est-il passé ce jour là? Un seul fait : le commandement de l’armée française à changé de main. C’est le jour où Jeanne d’Arc débarque pour la première fois sur le champ de bataille improvise de Saint-Loup, où en moins de deux heures elle redresse une situation bien compromise. Sur ces données, point n’est besoin d’épiloguer. Les conclusions s’imposent d’elles-mêmes. Désormais, le chef c’est elle : l’histoire est bouleversée.

 

Pourtant, s’il nous fallait voir de plus près les faits d’où ressort la nature des rapports ayant existé entre Jeanne d’Arc et ses capitaines, car je crois que c’est bien là le sens de votre question, l’histoire est encore là pour vous renseigner si bien qu’un seul exemple suffit.

 

Un cas typique de cette forme de rapports nous est offerte par le récit de la bataille de Patay. On sait en effet que devant la disproportion des forces en présence, les capitaines français ne songeaient qu’à une seule solution : une prudente retraite dans l’attente d’un hypothétique renfort  que leur enverrait le dauphin.

Or, on connaît la réaction explosive de Jeanne d’Arc et sa décision tout à fait opposée à celle des capitaines : il faut au contraire attaquer les Anglais immédiatement. Les termes du débat ont été rapportés par les acteurs eux-mêmes et ils sont particulièrement significatifs : « Nous les aurons, même s’ils étaient pendus aux nues!... » leur lance la Pucelle sur le ton comminatoire qui lui était familier. « Ayez-tous de bons éperons pour les poursuivre, car ils ne s’arrêteront pas de ce jour! ».

 

C’est donc très clair. Un seul fut de l’avis de Jeanne : le Connétable Arthur de Richemont. Les autres étaient d’avis contraire; mais ils ont tous obéi. Qui avait raison? . Le résultat le dit. Coté français, victoire totale avec un seul tué, de la compagnie de Thibaud d’Armagnac. Du coté anglais, deux armées anéanties : celle de Talbot et celle de Fastolf. 4.500 cadavres ensanglantés jonchent les six kilomètres de la plaine entre Saint-Sigismond et Patay.

 

Un tel exemple est suffisamment éloquent pour saisir la nature des rapports ayant existé entre la Pucelle et ses capitaines, au plan de la conception et de l’exécution des opérations militaires. Il faut ajouter que cette forme de désaccord disparut rapidement car les capitaines admirent devant les résultats que la meilleure solution était d’obéir sans chercher à comprendre ce qui était trop au-dessus de leurs ressources  intellectuelles. Aussi, il faut voir sur quel ton Jeanne d’Arc donnait ses ordres à « son beau duc » Jean d’Alençon!.

 

Toutefois, il est juste de dire qu’au niveau de l’exécution, les compagnons de Jeanne furent toujours, par leur bravoure à toute épreuve, des exécutants d’une merveilleuse efficacité!

 

En conclusion de tout ceci, voilà encore des notions à faire connaître, donc qui tombent sous le coup de l’actualité de Jeanne d’Arc, l’objet de notre rencontre d’aujourd’hui.

 

Question. Dans une optique un peu différente, vous avez dit tout à l’heure que l’actualité de Jeanne d’Arc, dont vous venez de définir quelques aspects marquants, se prolongerait dans l’avenir. Qu’entendez-vous par là et quelles perspectives voyez vous se dessiner pour elle à l’horizon du futur?.

 

Réponse. Justement! Ces perspectives sont considérables, car le périple historique de Jeanne d’Arc est loin d’être achevé.

Au premier plan des réalisations qui s’imposent comme impératives, après la tardive canonisation de 1920, vient la reconnaissance qui n’a jamais été faite jusqu’ici, de la qualité de martyr à celle que monta sur le bûcher, victime des forces infernales, en confessant sa foi et mourut la croix sur son cœur, en lançant parmi les flammes, le nom de Jésus. Les Anglais présents l’ont attesté aux yeux de l’histoire.

Comme corollaire obligé de cette reconnaissance de la qualité de martyr à la victime, doit suivre l’excommunication formelle, rejetant de l’Église les criminels coupables d’avoir brûlé une sainte, pour satisfaire à leurs immondes complicités politiques avec l’ennemi. Le second procès dit « de réhabilitation » s’est limité à innocenter Jeanne  d’Arc, sans prendre la responsabilité de cette mesure d’élémentaire assainissement moral, indispensable au rétablissement de l’honneur de l’Église. Car il  y a en cela au cœur de l’Église une épine irritative qu’il faut extirper.

 

Question. Ces exigences, que vous présentez comme impératives, font-elles partie du programme de l’Association Universelle que vous présidez?

 

Réponse. Elles en font partie et elles viennent au premier plan. Mais elles ne sont pas les seules. D’autres initiatives s’imposent. L’une d’elles en particulier, nous tient à coeur : celle de promouvoir par toutes les voies pouvant contribuer à un résultat concret, à la béatification de celui qui, avec un dévouement admirable, dans la vie de camp et sur les champs de bataille, accompagna Jeanne d’Arc de l’aide permanente de sa présence, de son assistance, de son soutien et de l’aide de ses sacrements. Il fut avec une touchante et indéfectible affection, à coté d’elle sur la route de la sainteté, suivant pas à pas cette même route, donc partageant cette sainteté, y participant à tous les instants. Il s’agit du saint moine, le frère Jean Pasquerel. Là, c’est un acte de justice qui s’impose.

Mais une autre initiative de la même importance, est celle de la béatification d’Isabelle Romée, la mère de Jeanne, dont il nous appartient aussi de fonder sur des données historiques formelles, le panégyrique.

 

Conclusion de l’entretien. Et bien, tout cela vous fait un beau programme. En tout cas, vous abattez vos cartes... et vous avez dans votre jeu de beaux atouts. La partie qui s’engage en vaut la peine. Elle est intéressante à suivre. Merci René Olivier de nous avoir  renseignés si franchement.

 

 

 

Autre question. Tout à l’heure Mlle X nous a dit qu’il fallait éviter d’engager un débat de stratégie générale. C’est vrai. René Olivier a donc seulement posé sur des exemples concrets la ligne générale de la révolution johannique dans l’Art militaire médiéval.

Mais on voudrait quand même avoir une définition des principes mis en cause dans cette révolution qui bouleverse le sens de la guerre de Cent Ans.

D’autre part, comment imaginer que Jeanne d’Arc qui ne savait ni lire ni écrire, et qui ne connaissait pas plus Haunibal et sa bataille de Cannes, ni Epaminondas à Leuctres, ait manoeuvré à Lagny conformément aux modèles de ces 2 maîtres?

 

Réponses. Et bien, il faut bien le reconnaître que l’inspiration de cette double et géniale manœuvre lui soit venue de son propre génie ou qu’elle lui ait été soufflée par l’Archange St Michel peu importe, le fait est là. Pour tenter de l’expliquer, ce qui est officiel il faut dire d’abord que Jeanne n’avait pas, comme les autres chefs de guerre, l’esprit encombré par des connaissances inopportunes. Elle manœuvrait en fonction d’une simple logique, dictée par son merveilleux bon sens qui est souvent l’une des sources du génie. A Lagny comme à St Loup, la solution du problème est apparue dans son esprit en même temps que les données de la situation elle a improvisé, alors que chez des militaires formés, comme Frauquet d’Arras, la solution standard, à appliquer dans tous les cas, tenait bien de pensée. Chez eux il n’y avait plus de pensée mais des réflexes conditionnés comme ceux de Talbot et si la vie est le fruit d’un réflexe.

Par contre, dans d’autres rencontres, à Montepilloy par exemple, l’ordre de la bataille de Jeanne comporte des dispositions savantes, révélatrices d’une intention de manœuvre structurée en fonction de principes de stratégie dont le Moyen Age avait perdu le sens, on demeure stupéfait. Là, les conceptions de Jeanne sont visiblement le fait d’un raisonnement cohérent et structuré. Comment imaginer la chose dans la pensée d’une jeune bergère ignorante ? Tel est l’un des mystères de la personnalité de Jeanne d’Arc. Et ce n’est pas le seul!.

 

Question. Pensez-vous qu’à Montepilloy la conception de la manœuvre soit uniquement d’elle?.

 

Réponse. Absolument. L’orientation de l’ordre de la taille et la position personnelle qu’elle y occupe le prouve clairement.

 

 

 

BIBLIOGRAPHIE

 

- Régine PERNOUD et M.V. CLIN

« Jeanne d’Arc » (PLON)

 

- Régine PERNOUD

« Jeanne d’Arc pour elle-même et ses témoins » (SEUIL)

 

- Colonel de LIOCOURT

« La mission de Jeanne d’Arc » (N.E.L. 2 vol)

 

- Cardinal Xavier-Marie TOUCHET

« La Sainte de la Patrie » (D.M. MORIN  2 vol)

 

- Henri WALLON

« Jeanne d’Arc » (Laurent de VARGAS)

 

- Pierre LANNERY D’ARC

« Le livre d’Or de Jeanne d’Arc » (BN salle des Catalogues - 238 -)