par René OLIVIER

 






SAINT-JEAN-LE-BLANC : 

JEANNE D’ARC CHARGE A LA LANCE 

 

 

Que ce soit dans la savante préparation stratégique d’une nouvelle campagne ou l’agencement tactique des troupes dans la bataille ou dans l’exploitation combattive d’une situation inopinée, Jeanne d’Arc s’engage avec la même précision témoignant des réflexes militaires spontanés qui sont le propre de sa nature, la marque de son tempérament.

 

Un bel exemple de cette conduite est dans l’épisode inaugural de la foudroyante offensive qui va, en deux jours d’assauts furieux, faire lever le siège d’Orléans durant depuis sept mois.

 

L’action se passe dès les premières lueurs de l’aube du vendredi 6 Mai 1429 à l’extrémité orientale du dispositif anglais d’investissement sur la rive gauche de la Loire.

 

La veille Jeanne a mis au point l’offensive en forme de « Coup-de-faux » qui doit dégager le pont des Tourelles pour rétablir la communication entre la ville et le Royaume.

 

Comme base d’opérations pour le passage de ses troupes sur la rive gauche, la Pucelle a choisi l’Ile aux Bœufs. De là , depuis trois heures du matin le transit s’effectue par bateau. Mais dès la mise en place du premier contingent de couverture devant assurer la sécurité du débarquement contre toute attaque venant de l’Ouest, les guetteurs Anglais juchés sur les créneaux de la forteresse de Saint-Jean-le-Blanc toute proche, perçoivent le mouvement et donnent l’alerte.

 

La garnison ennemie a de l’autre coté du fleuve assisté l’avant-veille au soir à l’attaque, la prise, l’incendie de Saint-Loup et le massacre de ses occupants. Saisie de panique et pressentant son sort, elle incendie son ouvrage et se réfugie en hâte sur l’ouvrage suivant, la citadelle des Augustins.

 

C’est alors, qu’outrepassant les consignes de Jeanne, Gaucourt, Jean d’Aulon et le sire de Villars rassemblent leurs troupes et foncent sur Saint-Jean-le-Blanc. Quelle erreur ! … Ils eussent mieux fait de s’en tenir aux instructions de la Pucelle.

 

Arrivant sur Saint-Jean-le-Blanc ces audacieux trouvent en flammes la citadelle vide. Croyant que de ce fait le but de la mission est atteint ils refluent tranquillement vers le lieu de leur assignation première. Mais voilà que les veilleurs des autres forteresses qui eux aussi se sont aperçus du mouvement ont sonné l’alarme. Pensant profiter de l’aubaine qui s’offre à leur supériorité numérique, les garnisons des Augustins, des Tourelles, de Saint-Pryvé avec les fuyards de Saint-Jean-le-Blanc, c’est à dire tous les occupants de la rive gauche, se rassemblent et improvisent une attaque.

Surpris dans leur retraite, les Français imprudents se retrouvent acculés à la berge dans une position critique. Mais de l’Ile-aux-Toiles où ils assurent le passage de l’effectif restant, Jeanne et la Hire voient la situation. Comprenant le danger que courent les Français contraints de combattre le dos au fleuve, ils saisissent leurs lances, poussent leurs chevaux sur un bateau et débarquent sur la rive gauche. Puis,  sautant en selle, ils couchent la lance sous le bras et foncent sur les Anglais en une charge furieuse entraînant au passage les troupes qui s’y trouvent. Sous l’impétuosité de la charge la ligne des assaillants est rompue. Les Anglais refluent épouvantés « en une fuite laide et honteuse » dit la chronique, pour se réfugier dans la bastille la plus proche, celle des Augustins. Mais le texte ne dit pas combien, sous les lances restèrent sur le terrain. A la guerre c’est sous-entendu !…

 

Dans cette situation nouvelle, inopinée, Jeanne d’Arc si énergiquement épaulée par son très fidèle La Hire, a promptement repris l’affaire en main. Gaucourt lui, a disparu. Désormais c’est une nouvelle phase du combat qui s’amorce, décisive celle-là, où va se révéler dans tout son éclat le rôle militaire de la Pucelle.