par René OLIVIER

JEANNE D’ARC ET LE BLEU – BLANC – ROUGE

 

 

Il est hélas fréquent qu’au cours des manifestations occasionnelles du folklore politique, les effigies de Jeanne d’Arc si heureusement répandues en France et dans le monde, se voient entourées de banderoles ou autres ornements à visées décoratives, de couleurs «  bleu-blanc-rouge ».

 

En plus d’un anachronisme de 360 ans choquant pour l’histoire elle-même, cette pratique comporte aussi une offense bien involontaire pour l’authentique personnalité de la Sainte Pucelle.

 

Il est donc opportun de rappeler, selon des sources historiques incontournables, que de son vivant Jeanne d’Arc connut hélas cet emblème tricolore ainsi que sa signification bien désobligeante pour elle.

 

Ces trois couleurs bleu, blanc et rouge étaient précisément celles du pire ennemi de la Pucelle, le duc Jean de Bedford, oncle du jeune roi Henri VI d’Angleterre et commandant en chef des armées que Jeanne d’Arc eut à combattre pour sauver la France et sa souveraineté de l’invasion étrangère, selon les exigences de sa mission.

 

Il faut savoir que Jean de Lancastre duc de Bedford avait adopté le blason tricolore en 1422, en prenant le titre prétentieux de « Régent de France », en vue de la conquête complète du royaume par ses armées. Ce choix exprimait donc de sa part une intention politique et historique précise.

 

Ce titre et cet emblème, Bedford les portait déjà face aux Français lors de la bataille de Verneuil en 1424. Depuis cette victoire ennemie leur prestige était tel que le duc de Bourgogne Philippe le Bon, pour bien marquer son alliance avec les anglais, adopta à son tour les mêmes couleurs. Ainsi, face à l’œuvre salvatrice de Jeanne d’Arc, tout le parti ennemi de la France pavoisait en tricolore bleu, blanc, rouge.

 

Ces trois couleurs bleu, blanc, rouge, Jeanne les trouva toujours devant elle au combat. A Orléans sa première bataille, à Jargeau, à Patay sa victoire décisive, à Troyes d’où elle chassa les Anglais pour dégager la route du Sacre, à Montépilloy où Bedford était présent en personne.

 

Mais hélas !… la dernière coïncidence entre la route de Jeanne et celle des trois couleurs prit une teinte tragique. Ce fut au cours de sa captivité aux mains de ses ennemis. Un épisode qu’il faut rappeler….

 

Le 24 Décembre 1430, Jeanne prisonnière arrive à Rouen pour y être détenue dans des conditions atroces, au haut donjon au château du Bouvreuil, siège du commandement des armées ennemies… ou de ce qu’il en reste après les victoires de la Pucelle.

 

Là, dans la liesse copieusement arrosée de cette veille de Noël, Warwick le gouverneur de la forteresse et ses invités viennent narguer leur illustre prisonnière enchaînée.

 

On connaît les sentiments de ces visiteurs, depuis Jean de Luxembourg qui vendit Jeanne aux Anglais, jusqu’à l’infâme évêque Cauchon venu savourer les malheurs de sa victime. Mais Jeanne tient tête à leurs sarcasmes : « Fust – ce cent mille Godons de plus, les Anglais n’auront pas le Royaume !… » leur lance-t-elle comme un ultime défi. Strafford, le plus bête de tous, tire sa dague pour la frapper. Warwick retient son geste de justesse, car ce n’est pas le genre de mort qu’il a choisi pour la Pucelle… Cauchon non plus !…

 

Puis on retourne aux joyeuses festivités. C’est là que le jeune roi Henri VI, pour récompenser de ses mérites son oncle le duc de Bedford, lui offre comme présent de choix, une superbe œuvre d’art.

 

Il s’agit du « Livre d’Heures », conservé depuis au British Muséum comme l’une des pièces maîtresse du trésor royal, sous la cote «  Harley Add 18850 ». Nous en avons sous les yeux une fidèle reproduction. L’image de son folio 256 est particulièrement parlante. Elle représente Bedford agenouillé devant Saint-Georges revêtu du manteau de l’Ordre de la Jarretière.  Derrière la tête du prince est largement déployé comme fond, son étendard tricolore bleu, blanc, rouge. Au premier plan le support où repose son livre de prières est recouvert d’un autre étendard aux mêmes trois couleurs bleu, blanc, rouge.

Telle est la seconde circonstance historique méritant d’être évoquée, de la rencontre de Jeanne d’Arc avec les trois couleurs hautement symboliques de l’ennemi qu’elle eut à combattre et à vaincre, pour sauver la France du plus grand péril de son histoire.

 

Comme on le voit, ces trois couleurs bleu, blanc, rouge d’une signification historique si chargée, doivent être écartées avec un élémentaire respect, des festivités actuelles de notre héroïne la plus haute figure de notre patrimoine national… qui n’a rien a voir avec Marianne, l’effigie des timbres-poste.