par René OLIVIER

LE SENS DU 8 MAI

 

 

Point d’inflexion historique de l’équilibre géopolitique européen

 

Le 8 Mai 1429 est le jour glorieux de notre Histoire où l’ennemi Anglais, vaincu par Jeanne d’Arc en quatre batailles, Saint-Loup, Saint-Jean-le-Blanc, les Augustins et les Tourelles, abandonne le siège d’Orléans qui dure depuis neuf mois.

Cinq jours lui ont suffi pour liquider cette campagne.

 

Aux premières lueurs de l’aube, John Talbot le Commandant-en-chef de l’armée ennemie rassemble les troupes qui lui restent pour les replier sur les places fortifiées du coude de la Loire, Jargeau, Meung, Beaugency, afin de les mettre à l’abri des coups meurtrier de la terrible Pucelle. Il ne se doute pas que Jeanne l’y poursuivra pour liquider en sept jours toutes ses positions et écraser à Patay les restes de son armée.

 

 

« Il fallut bien plus que des arguments »

 

Voilà, condensé à l’extrême, le panorama historique qui marque le point d’inflexion de la guerre de Cent Ans et du sens de l’histoire du Moyen Age européen.

 

Depuis qu’en 1340 la bataille navale de l’Écluse lui ouvrit la porte du continent, l’invasion anglaise lui ouvrit la porte du continent, l’invasion anglaise se poursuivait de Victoire en Victoire, jusqu’à occuper la moitié de la France. Calais, Poitiers, Azincourt, Cravant, Verneuil, Rouvray sonnaient le glas de l’indépendance française, bouleversant du même-coup l’équilibre géopolitique de l’Europe.

 

Puis, brutalement, l’aurore radieuse du dimanche 8 Mai 1429 a sauvé la souveraineté française au bord du précipice.

 

Dès lors, à l’ère des défaites françaises succède celle des victoires ininterrompues, jusqu’au jour béni du 17 Juillet 1453 où les derniers envahisseurs anglais, Talbot en tête, tomberont à Castillon sous les lances du Connétable de France Arthur de Richemont, le compagnon fidèle, continuateur et meilleur élève de Jeanne d’Arc.

 

Au fil de ces événements, nous percevons au premier plan l’image éblouissante de la Pucelle, dans son armure blanche de Chef de Guerre, lançant son armée au combat. C’est l’éternelle Jeanne d’Arc des gravures et des statues répandues en France et dans le monde. C’est l’image de la vierge guerrière à cheval, l’épée au poing ganté de fer, dans tout l’éclat et l’ardeur de ses dix sept ans. C’est sous ce jour prestigieux qu’aux regards émerveillés des générations, elle a pris rang dans l’histoire, en ce dimanche 8 Mai 1429.

 

Mais cette image si vraie et si juste de la Pucelle cache par sa fascination au autre aspect de sa nature, qui explique le plus grand mystère de l’Histoire.

 

Si cette jeune bergère ignorante, surgissant de sa lointaine province, se permet de saisir le commandement d’une armée française toujours vaincue jusque là, de battre à plate couture des généraux ennemis expérimentés et écraser des armées très supérieures en nombre à la sienne, c’est parce qu’elle possède la faculté unique, le privilège inouï refusé aux autres humains de voyager à son gré de notre monde dans l’au-delà, en un mot de communiquer avec le surnaturel, en vue de lui arracher ses secrets, notamment pour la conduite victorieuse de ses batailles. C’est de là-haut qu’elle est guidée. Elle même le sait et elle l’a dit.

 

Pour en arriver là, comme on s’en doute, les obstacles furent considérables, insurmontables même pour un simple être humain. Dès le début, pour se faire admettre par « Baudricourt-le-réticent », puis par « Charles VII  le méfiant » comme une envoyée céleste chargée de sauver la France en péril, il fallut bien plus que des arguments...

 

Il fallut d’authentiques prodiges qui fussent des preuves.

 

Ces prodiges se produisirent. Ce fut pour Baudricourt l’annonce par Jeanne de la Bataille de Rouvray, au moment où elle se livrait à six cents kilomètres de Vaucouleurs. Ce fut pour Charles VII la révélations de la prière secrète qu’il fit du fond de sa conscience, dans son oratoire du Château de Loches, six mois avant sa rencontre avec Jeanne.

 

Mais en plus de Baudricourt et Charles VII il en restait beaucoup d’autres à convaincre. A commencer par les gens de la cour, les familiers du Dauphin, les capitaines, l’armée et le peuple lui-même. Et aussi les juges ecclésiastiques, réunis à Poitiers pour examiner Jeanne. Car tous ceux-là, avec une curiosité bien légitimes, lui demandaient « un signe »!

 

Aux premiers, Jeanne répondit : « Je ne suis pas venue pour faire des signes, mais votre signe, vous l’aurez... à Orléans! » Et aux seconds : « Je ne montrerai signe que devant Orléans et no ailleurs, car il m’est ainsi ordonné par Dieu !... »

 

La victoire du dimanche 8 Mai 1429 fut « le signe », la réponse du ciel, l’accréditif formel de la mission de la Pucelle.

 

Dès lors, tout le monde avait compris!...