par Pierre Lanéry d'Arc (1887)

LE CULTE DE JEANNE D'ARC

 

AU XVème SIECLE (1) 

 

 

 

S'il est un nom souvent prononcé en France, une histoire souvent redite, c'est bien le nom et l'histoire de Jeanne d'Arc. Jamais, depuis le XVème siècle, on ne s'est tant occupé de celle dont le souvenir radieux brille d'un si vif éclat dans les fastes de notre vieille France chevaleresque. Les arts (2) et la poésie s'emparent plus que jamais de ce caractère unique entre tous, et les historiens les plus éminents ont retracé à l'envi cette grande page d'histoire, la merveille des annales européennes.

Il est assurément peu de figures qui aient inspiré un plus grand nombre d'écrivains (3), un plus grand nombre de panégyristes ; car, chose à remarquer, sauf quelques bien rares dissonances, ceux qui ont pris la plume sur ce sujet, l'ont prise pour donner libre cours à leur admiration. Ce culte de la France moderne pour sa libératrice est une manifestation des plus touchantes et honore autant les cœurs qui le professent que celle qui en est l'objet. Il ne faudrait pas croire pourtant que ce culte soit une manifestation toute moderne.

"Si au lieu de naître en 1410, Jeanne d'Arc était venue au monde en 1853, dit M. l'abbé Mourot à propos de la canonisation de l'héroïne, et si, au lieu de chasser le duc de Bedford de Paris, elle avait dispersé les légions allemandes et délivré la France de la présence des Prussiens, si en un mot, le miracle accompli au XVème siècle, s'était produit, en 1870, quels cris de reconnaissance, ne se seraient-ils pas élevés de toutes parts ?

 

Quelle admiration, quel enthousiasme et quel délire s'empareraient des cités et des hameaux ! On baiserait la trace de ses pas, et son nom, répété par les échos, serait béni de génération en génération. Chaque ville aurait sa place publique, son monument consacré à Jeanne ; son image planerait sous toutes ses formes : médailles, statues, fontaines, écoles, chapelles expiatoires. Ce serait justice ; ce qui est justice en un temps, peut-il ne pas l'être en un autre ?". (4)

 

Eh bien, cet enthousiasme, cette vénération que notre France du XIXème siècle saurait vouer aujourd'hui au héros qui la sauverait du désastre, serait-il croyable que la France du XVème siècle ne les eût pas éprouvés pour sa libératrice ?

Assurément non. A cette époque, les mœurs pouvaient être moins policées qu'aujourd'hui, mais l'âme humaine est-elle ainsi faite, que ses sentiments puissent changer du tout au tout dans un espace de quatre siècles, et le sang français, si enthousiaste de ce qui est grand, noble, pur, héroïque, a-t-il jamais pu rester froid devant ces mêmes manifestations !

 

Ces médailles, ces statues, ces monuments, ces preuves de reconnaissance et de gratitude, Jeanne les a eus ; ce délire, elle l'a fait éprouver ; cet enthousiasme, elle l'a excité, et celui-ci a été d'autant plus grand, que le peuple au XVème siècle était plus inflammable et peut-être même, hélas ! plus accessible que nous à l'idée religieuse, par le fait même que la crise qu'il traversait était plus terrible et plus douloureuse.

 

Rien n'est plus curieux, en effet, que d'étudier dans les historiens, dans les poètes de cette époque, quelle admiration sans bornes les contemporains de Jeanne professaient pour elle.

Ce sont d'abord ses compagnons d'armes, Gui de Laval, Perceval de Boulainvilliers et tant d'autres qui exaltent sa vaillance et son humanité, son génie militaire et sa modestie.

 

Ce sont ensuite les chroniqueurs et les historiens, dont plusieurs ont suivi les armées, qui racontent soit ses prouesses et ses faits d'armes, auxquels ils ont eux-mêmes assisté, soit ceux qu'ils ont recueillis de la bouche des chevaliers qui en furent témoins. Alain Chartier, Perceval de Cagny, Jacques le Bouvier, Jean Chartier, Coussinot de Montreuil, P. Cochon, Pierre Sala, Guillaume Girault, Jean Rogier, Thomassin, Gruel, Chatelain de la Porte, doyen de St Thibaut de Metz, Lefèvre de St Remi, le recteur Jean Chuffart, Monstrelet, les auteurs du Journal du siège d'Orléans, de la Chronique de Lorraine, l'abréviateur du procès, - avec des nuances toutefois, car plusieurs sont bourguignons, c'est-à-dire dévoués aux intérêts anglais, - ne peuvent s'empêcher de rendre hommage au caractère de la Pucelle.

 

Les religieux et les docteurs témoignent en sa faveur par de solennels écrits. Thomas Basin, évêque de Lisieux, Gerson, Jacques Gelu, archevêque d'Embrun, Henri de Gorckum, le docteur allemand de Spire, les docteurs de Poitiers, ceux qui étudièrent comme juges le procès de réhabilitation et qui recueillirent les dépositions de cent vingt témoins, toutes à la louange de la Pucelle, se montrent véritablement enthousiastes à son égard, et un volume ne suffirait pas à reproduire ceux de leurs témoignages d'admiration qui nous sont parvenus (5).

 

Les poètes, Christine de Pisan, Martin Franc, Antoine Astésan, Martial d'Auvergne, Valéran Varan, Chastellain, Villon, Saint-Gelais, célèbrent dans leurs vers les merveilles qu'ils ont entendu raconter.

 

Le bruit de ces exploits, porté par les voix de la renommée, se répand rapidement dans les Pays-Bas, en Italie où le Pape Pie II, alors aeneas Sylvius Piccolimini, où Guerneri Berni, Philippe Forest de Bergame, l'auteur du Breviarium historiale, leur rendent leur tribut d'hommages, ainsi qu'au caractère de celle qui les a accomplis. En Espagne, se publiait la Cronica de la Poncella d'Orliens ; en Grèce, Laonic Chalcondyle racontait cette histoire extraordinaire jusqu'aux confins de la chrétienté, tandis qu'en Allemagne, non seulement les docteurs faisaient des dissertations sur Jeanne, mais encore, en 1429, on montrait à Ratisbonne son portrait, à l'exhibition publique et officielle duquel l'empereur Sigismond assista (6). Un fragment de tapisserie allemande, découvert à Lucerne en 1858, et donné l'année suivante par M. d'Azeglio au Musée Jeanne d'Arc à Orléans (7), où il figure encore aujourd'hui sous le n° 8, paraît aussi avoir fait partie d'une série de tableaux analogues (8).

 

Si Jeanne recevait à l'étranger les plus grands honneurs, que ne devait-elle pas attendre de son peuple ! jusqu'en 1793, le pont d'Orléans conserva le monument que les femmes de cette ville avaient élevé en 1458 à leur libératrice (9)

Montaigne, dans ses récits de voyages, dit avoir vu la façade de la maison d'Arc à Domremy, recouverte de vieilles  peintures du XVème siècle représentant les gestes de l'héroïne.

 

Le 8 Mai 1436, à la fête de la ville d'Orléans en l'honneur de sa libératrice (fête qui n'a jamais cessé de s'y célébrer dans la plus grande pompe et toujours sous le nom de Fêtes de Jeanne d'Arc), était joué un mystère dans lequel étaient représentés les hauts faits de la Pucelle; mystère qui fut rejoué en 1439 et en 1456, à l'occasion de la même solennité (10).

 

Un des côtés les plus extraordinaires de la vie de la Pucelle, c'est le culte religieux que ses contemporains eurent pour elle.

 

On sait, qu'au XVème siècle, le miracle exerçait un attrait universel sur les esprits et qu'il se retrouve dans presque tous les témoignages parvenus jusqu'à nous, des historiens que nous venons de citer, c'est-à-dire des personnages les plus graves et les plus éclairés de cette époque.

 

Jeanne, avec la puissance de sa riche nature, s'abandonnait à ce besoin impérieux de l'âme humaine, au sentiment religieux ; c'était une femme profondément croyante, d'une piété large et sincère qui contrastait singulièrement avec celle des imposteurs et des aventurières, soi-disant faiseuses de petits miracles, adonnés à de trompeuses pratiques, qui tentèrent de se faire passer pour elle, et qui essayèrent de jouer après elle, son rôle politique et religieux. Comme le disait Vallet, "sans que l'on mette sur le même rang ces diverses rivales, la Pucelle n'eût qu'à écarter du pied les moins nobles, pour que la confusion soit demeurée impossible."

 

Jeanne ne prophétisait pas en vue de "faire signes," elle ne macérait point ses sens dans une idée de perfection solitaire, ni d'édification mystique, c'était une piété agissante ; ses signes consistaient dans la levée du siège d'Orléans, dans le sacre du roi à Reims et dans le fait de "bouter les Angloys hors de France."

Quand elle les eut montrés, "sa gloire était parvenue au-dessus de toutes les gloires, était surtout d'une autre nature que toute autre gloire, de même que sa sainteté était, aux yeux du peuple, autre que la sainteté ordinaire ; c'était la sainteté d'un être descendu du Ciel, plutôt que d'un être qui lutte pour le gagner. Le peuple se crut gouverné directement par ce ciel; par elle transporté dans un autre monde, il vécut dans le surhumain comme dans son atmosphère naturelle" (11).

 

Après la délivrance d'Orléans, les sentiments impérissables d'admiration que Jeanne avait fait naître au cœur des masses prirent aisément la forme religieuse, comme ils se manifestèrent bien souvent sous la couleur du merveilleux, propre au temps où elle vivait.

 

Perceval de Boulainvilliers écrivait au duc de Milan, Philippe de Visconti, que, le jour où la Pucelle était née, tous les habitants en avaient été avertis par les coqs, qui, comme des hérauts de bonne nouvelle, s'étaient mis à chanter avec une allégresse inaccoutumée (12). Et il ajoutait en latin d'autres épisodes merveilleux que le recteur Jean Chuffart rendait ainsi dans son Journal d'un bourgeois de Paris : "Quand elle estoit bien petite, et qu'elle gardoit les brebis, oncque de ses bestes ne périt ; les oiseaulx des bois et des champs, quand les appeloit, venoient mangier son pain dans son giron, comme privés" (13).

 

Après la bataille de Patay, "hom voit venir en Poictou, de pardecza des plus merveilleuses choses que hom vit oncques, come des homes armés de toutes pièces chevaucher en l'aer sur un grand cheval blanc, et audessus les armeures une grant bende blanche, venent devers la mer d'Espaigne, et passer par-dessus deux ou trois forterasses près de Talamont et tirer vers Bretaigne : dont tout le pays de Bretaigne fut espaventé, et mon dict signeur le duc, dont il a fait le serement aux Angloys, disent qu'ils connaissent leur destruccion par luy. Le roy a envoyé devers l'evesque de Luczon pour savoir la vérité de ceste besoigne…"(14).

 

Une chronique bourguignonne disait : "et l'apelloient ly aucun du comun de France : l'angelicque et en faisoient et en cantoient pluisieurs canchons, fables et bourdes moult merveilleuses"(15).

 

Nous ne parlerons pas du sentiment que ses soldats et ses compagnons d'armes éprouvaient pour elle. Elle leur avait rendu la confiance, elle avait relevé leurs esprits démoralisés, de vaincus elle en avait fait des vainqueurs, et la terreur qu'elle inspirait à l'ennemi était si grande, que, non seulement les soldats anglais fuyaient à son approche, mais encore beaucoup d'entre eux désertaient pour repasser la mer (16), et qu'en Angleterre capitaines et soldats refusaient de s'embarquer pour la France par crainte de la Pucelle (17).

 

Mais, même dans le peuple, c'était comme une adoration pour elle. On se jetait aux pieds de son cheval, on baisait ses mains et ses vêtements ; les objets dont elle s'était servie étaient conservés avec soin, et la tradition indique encore avec respect les maisons où elle logea, de même que les villes où l'héroïne séjourna se firent et se font encore gloire de l'avoir reçue dans leurs murs (18).

 

Que de fois ne vint-on pas la consulter, comme une véritable prophétesse, tant la confiance religieuse qu'elle inspirait était forte. Le comte d'Armagnac, ayant eu des démêlés avec le pape Martin V, consulta Jeanne sur le point de savoir lequel des trois papes Martin, Clément ou Benoît était le véritable, celui auquel on devait obéissance ; il fut éconduit poliment (19), car Jeanne ne répondait guère aux demandes étrangères à l'objet de sa mission.

 

Son bons sens la mettait en garde contre l'enivrement de ces honneurs, elle accueillait ces démonstrations avec sa modestie habituelle, à chaque pas elle repoussait ces superstitions populaires et ces naïves idolâtries, quelquefois même elle s'en fâchait, le plus souvent elle se défendait avec douceur. Quand on lui reprocha de les avoir souffertes, lui disant qu'elle avait entraîné les peuples à l'idolâtrie, elle répondit avec simplicité : "En vérité, je ne  m'en aurais su garder, si Dieu ne m'en avait gardé lui-même."

 

Lorsqu'elle entra à Troyes, les habitants ne s'approchèrent d'elle qu'avec une crainte superstitieuse, tant les prodiges accomplis par elle leur paraissaient n'avoir pu être l'œuvre que d'un être surnaturel : "Approchez hardiment, je ne m'envouleray point (20)."

 

A Poitiers les femmes lui apportèrent des patenôtres et d'autres objets à toucher : "Touchez-les vous-mêmes, ils en vaudront tout autant," leur répondit-elle.

On comprend facilement la consternation qui se répandit dans les populations à la nouvelle de la prise de la Pucelle. Dans beaucoup de villes, à Blois, à Orléans, il y eut deuil public (21). A Tours notamment, on ordonna des prières générales, on fit une procession à laquelle assistèrent tous les prêtres et tous les habitants de la ville, pieds nus (22).

Cet ardent désir qu'avait le peuple de voir Jeanne délivrée, explique sans doute la crédulité première avec laquelle on accueillit les fausses Jeanne d'Arc, qui essayaient, comme nous le disions tout  à l'heure, de se faire passer pour elle. A ce sujet, le Manuscrit 812 à la bibliothèque Méjanes d'Aix, (liasse Bouquier, qui date du commencement du XVIIIème siècle), renferme une mention curieuse : 

"Du 27ème iour de iuing 1436, notaire Jean Seguin à Arles. Gageure entre Jean Romieu et Pons Veyrier, sur ce que le dict Veyrier disoit que la Pucelle (d'Orléans) de France bruslée par les Angloys à Rouen estoit encor en vie, ce que le dict Romieu nioit, avec la transaction sur ce passée (23)."

 

Monsieur Fassin, conseiller à la Cour d'appel d'Aix, un arlésien dont l'érudition ne le cède qu'à la bienveillance, nous a dit se souvenir d'avoir vu autrefois quelque chose d'identique dans un manuscrit du fond Bonnemant à la Bibliothèque d'Arles, sans pouvoir se rappeler toutefois si la mention de cet acte notarié était plus détaillée que celle que nous donnons ici.

 

Après de nombreuses recherches à Arles, nous n'avons pu retrouver l'original de cet acte. Les écritures du notaire dont s'agit, Jean Seguin le vieux (1432-1480), sont réparties entre les études Long et Rigaud. Nous avons trouvé chez ce dernier tous les protocoles de Jean Seguin, sauf celui de l'année 1436. Enfin nous n'avons pas été plus heureux à la bibliothèque et aux archives municipales.

 

Ce qu'il y a de certain, toutefois, c'est que cet acte a dû exister, puisque deux personnes l'ont relaté dans leurs notes. Or c'est en mai 1436 que l'aventurière Claude des Armoises s'était présentée aux Orléanais, se disant la Pucelle ressuscitée du bûcher ; sa ressemblance avec Jeanne était si frappante, qu'elle en avait imposé à tous. Ne la voyait-on pas par les yeux de la foi ? Le pouvoir surnaturel attribué par la population à Jeanne avait été si grand, que l'on n'hésitait pas à voir dans cette aventurière la vraie Jeanne sortie vivante des cendres de son bûcher.

 

Dans beaucoup de villes des religieux prêchèrent au peuple la mission divine de Jeanne d'Arc et racontèrent les miracles qu'elle avait opérés. Monsieur Michel Hardy a découvert récemment dans les livres de comptes de l'Hôtel de Ville de Périgueux, année 1428-1429, le curieux document que voici : 

"Item, nous avons payé, le treizième jour de décembre, où nous fimes dire une messe chantée, par ce que messire Hélie Bodant était venu dans cette ville et prêchait à tout le peuple, les grands miracles accomplis en France par l'intervention d'une pucelle qui était venu trouver le roi, notre sire, de part Dieu ; à ladite messe, nous avons fait mettre deux cierges du poids de un quart et demi, et donné deux sols à l'officiant M. Jehan de Lascoutz. Monta le tout à la somme de trois sols, quatre deniers et une maille (24)."

 

Ce qui indique encore dans quelle estime de sainteté les contemporains tenaient la vierge de Domremy, c'est, comme l'a fait remarquer Monsieur Charles de Beaurepaire, le savant archiviste de la Seine-Inférieure, que jamais on ne fonda pour la repos de son âme, ni messes, ni services, soit après sa mort, soit après sa réhabilitation, dans un temps où cependant les fondations de ce genre étaient fréquentes. "Pourquoi cette abstention exceptionnelle pour Jeanne d'Arc, se demande avec raison M. l'Abbé Julien Loth, si ce n'est qu'on la tenait pour sainte et martyre? " (25)

 

Non seulement on ne sentait pas le besoin de prier Dieu pour elle, mais le peuple au contraire implorait Jeanne d'intercéder pour lui auprès du Père éternel, et fit, à cet effet, des processions en son honneur.

 

(à suivre)


NOTES :

 

(1)   L'auteur est Pierre Lanéry d'Arc – Avocat à la cour d'Appel d'Aix – Membre et lauréat de plusieurs Sociétés savantes. La publication est datée de 1887.

 

(2)   Voici dans quels termes Albert Wolf, pontifiant dans le Figaro, à l'occasion de l'ouverture du Salon de 1887, se réjouissait de ce mouvement artistique : "Une des particularités de ce salon est que Jeanne d'Arc y relève la tête dans des proportions inquiétantes. En voici tout de suite une qui rentre dans Orléans. Cette peinture apprise, mélancolique et terme, appartient à l'ordre de l'art inutile." (cela n'a pas empêché le jury d'accorder à ce tableau de M. SCHERRER une médaille, et pour un peu plus le grand prix du salon).

Et plus loin, en parlant de deux autres toiles sur le même sujet, il les traite, pour cela uniquement je suppose, de vieilles rangaines, salades japonaises dignes du dépotoir, et fait d'autres mots d'un esprit aussi facile que délicat. (Figaro du 30 avril 1887). Cette boutade n'a pas empêché non plus M. Lucas, un des peintres qu'elle visait d'obtenir aussi une médaille. Jeanne d'Arc n'a donc pas mal inspiré ceux qui l'ont prise pour sujet de leurs travaux, elle leur a même porté bonheur à ce salon, mais que MM. les artistes sachent que ce motif a le don d'agacer les nerfs de ce prince de la critique ; qu'on se le dise ! 

 

(3)   Dans notre Bibliographie des ouvrages relatifs à Jeanne d'Arc (Paris, Techener, 52 rue de

l'Arbre-Sec, 1887, in-8 de 260 p.  nous avons mentionné plus de dix-sept cents ouvrages consacrés à la Vierge lorraine, et encore avons-nous laissé de côté les volumes qui ne parlaient qu'accidentellement de la Pucelle. Voir aussi nos articles dans le bulletin du bibliophile, de Techener : 1886, p.161-192; 241-267; 383-434; 505-536; 1887 : 1-23 ; 49-60 ; 145-161 ; 193-215 ; 338-355, etc. 

 

(4)  V.Mourot, Jeanne d'Arc en face de l'Eglise romaine et de la Révolution, Palmé, 1886,P.68.

 

(5) Voir les œuvres détachées de ces divers auteurs, ainsi que les collections de Roucher , 1785, t. VII ; Petitot, 1819, t, VIII, Buchon, 1827; Michaud et Poujoulat, 1837, t.III; Quicherat. Procès, 1841-1849, 5 vol.; de l'Averdy, Msts de la bibl.du Roi, 1790, t.III; et la majeure partie des historiens modernes qui en rapportent des extraits.

 

(6)  Quicherat, v, p.270; Magasin pittoresque 1834,p.119.

 

(7)    Ce musée, créé par le vénérable M.Desnoyers, vicaire général d'Orléans, dépendant de la Société historique et archéologique de l'Orléanais, est comme l'indique son nom, uniquement consacré aux œuvres littéraires et artistiques relatives à la Pucelle. Grâce au zèle infatigable et aux libéralités de son directeur fondateur, c'est là une collection unique, qui renferme plusieurs milliers de numéros. Le catalogue en a été publié par M. Mantellier, chez Herluison, 1880, in-8è de 129 p.(1 fr). Mais, depuis cette époque, la collection ayant doublé, ce catalogue est devenu notoirement insuffisant.

 

(8)  En voir des reproductions dans le Wallon illustré, 1876, p. 148, chromolithographie, et gravé dans le Joseph Fabre, Delagrave, 1885, in-4è, p.232 ; dans l'Illustration, 1858, p.103 avec un article de Vallet de Viriville.

 

(9)   Ce monument détruit toutefois par les huguenots en 1562, avait été reconstruit. Voici ce que nous écrivait naguères, au sujet de cette statue, le vénérable abbé Rouette, curé de Saint-Germain-des-Prés (Loiret) : "…Dans ma jeunesse, vers 1828, il me fut donné de converser avec des vieillards dont plusieurs avaient 90 et 98 ans  et qui avaient vu l'ancien monument de la Pucelle, de même qu'ils avaient vu planter l'avenue du nouveau pont (rue Dauphine). Ces vieillards qui avaient la foi auraient regardé comme un sacrilège d'ajouter un mot à ce qu'ils tenaient de leurs pères, grands-pères et arrières grands-pères, lesquels se faisaient eux-mêmes un devoir de conscience de ne rien changer au dire de leurs ancêtres. A l'occasion de la fête du 8 mai et de l'inauguration de la statue de Gois, élevée sur le Martroi, ils m'expliquèrent la conformation de l'ancien monument et me dirent quelorsqu'on passait devant lui, on se signait et on priait. Ces mots m'avaient fait une grande impression".

 

(10Le Mistère du siège d'Orléans avait été écrit sur les ordres et aux frais du maréchal Gilles de Rais,                  

compagnon d'armes de Jeanne, par Jacques Millet. Il comptait plus de 20500 vers et fut représenté avec le plus grand luxe, par cent quarante acteurs, sans compter les figurants, aux frais du maréchal, dépense qui    s'éleva à près de cent mille écus d'or. Découvert à la bibliothèque vaticane, sous le n° 122 du fonds de la Reine de Suède, le manuscrit en a été publié dans les Documents inédits de l'Hist.de France, par MM. Guessard et de Certain, Paris, Imprim. Impér.,1862, in-4è de LXVI et 814 p.

 

(11)     Henri Martin Jeanne d'Arc. Furne 1857, p.103.

 

(12)     Quicherat, v, p.116

 

(13)     Buchon, Panthéon littéraire. Desrez, 1838, p.679

 

(14)     Quicherat, v, p.182; Buchon loc.citat.; mst 7301, anno 1429, Bibliot. nationale.

 

(15)     Manuscrit de Lille n° 26; Bulletin de la Soc. de l'hist.de France, 1857-1858,p.102.

 

(16)     On fut obligé de prendre contre eux un édit qui est donné par Rymer pacta, foedera… t.x,p.472, sous le titre de : De fugitivis ab exercitu, quos terriculamenta Puelloe exanimaverant, arestandis. Rapporté par Quicherat, v,p.192.

 

(17)     On prit aussi un édit. Rymer ; x,p.459 : De proclamationibus contra capitaneos et soldarios tergiversantes incantationibus, puelloe terrificatos. Quicherat, v, p.162.

 

(18)     Nous n'énumérerons pas les plaques commémoratives nombreuses, placées en souvenir de Jeanne dans plusieurs villes du centre, ni les objets conservés pour la même cause dans plusieurs de nos musées. Le musée de Poitiers conserve une borne qui avait servi de montoir à Jeanne ; de même, un de nos archéologues les plus distingués, M.G. d'Espinay, garde religieusement dans une de ses propriétés une margelle de puits, qui, d'après la tradition, aurait rempli le même office.

"La maison de la Bouvillerie, au village du Petit-Poisay, n'a rien de remarquable, mais on y voit une relique précieuse : c'est une large margelle de puits, monolithe, de forme octogonale et fort usée par le frottement des cordes. Elle provient du puits du Carroy à Chinon, et a été vendue par l'administration de cette ville, lors de l'établissement d'une pompe au Carroy. Suivant la tradition, Jeanne d'Arc aurait posé le pied sur cette margelle en descendant de cheval à son arrivée à Chinon. " G.d'Espinay, Notice sur Marcay, Tours 1882,p.8, extrait du bullet.d'Archéologie ; de Cougny, Charles VII et Jeanne d'Arc à Chinon, 1879, p.21.

 

(19)   Quicherat, 1, p.82.

 

(20)     Quicherat, I, p.100 ; id, t.v, p.253 ; Maan, Turonensis ecclesia, p. 164.

 

(21)     Carreau, Histoire de Touraine, mst 28 de la collection de D.Housseau à la bibliothèque nationale ; Quicherat, v,p.253.

 

(22)     Henri Martin, Histoire de France, t.VI. p.233.

 

(23)     Ce nom de Romieu qui est commun aujourd'hui dans le Midi, ne l'était pas autant au XVème siècle. Le terme de Romée, dans le Nord de Romieu ou Roumieu dans le Midi, de Romei en Italie, désignait bien il est vrai, à l'origine c'est-à-dire avant le XVème siècle , le pelerin qui avait visité la capitale des papes italiens. Mais, cette acceptation étroite au début, s'étendit peu à peu à ceux qui étaient allés à des pèlerinages autres que celui de Rome. Ainsi Romée de Villeneuve est ainsi nommé parce qu'il avait fait le pèlerinage de Saint-Jacques. Isabelle Vouthon, la mère de Jeanne d'ARC, est appelée par presque tous les auteurs Isabelle Romée ; c'est là une erreur. Ce second nom n'est qu'un surnom et n'est pas un nom patronymique. Romée n'est qu'un qualificatif qui lui est absolument personnel et que n'ont jamais adopté les autres membres de la famille. MM. Michelet (Jeanne d'Arc, 1853,p.7), E. de Bouteiller et de Braux (Nouvelles recherches sur la famille de Jeanne d'Arc, Claudin, 1879,p.XII), Siméon Luce (Jeanne d'Arc à Domremy, 1886, p.XLXII) et d'autres auteurs ont attribué ce surnom d'Isabelle Vouthon à un pèlerinage à Rome, accompli à une époque et dans des conditions qu'ils conviennent eux-mêmes d'ignorer. Vallet de Viriville, (Histoire de Charles VII, t.II,p.43) prétend que Romée était le nom héréditaire de la mère de Jeanne. Cette opinion est inadmissible, parce que nulle part le nom de Romée n'est donné à son frère, ni à sa sœur ; elle-même est fréquemment appelée Vouthon, comme l'un et l'autre le sont invariablement. Il faut d'une manière absolue, renoncer à l'idée d'une famille Romée, c'était là un surnom personnel. Notre savant ami M.Charles de Ribbe possède un acte notarié de 1432, dans lequel un nommé Duranti est dit Romieu, "parce qu'il avait été au grand jubilé duPuy en Velay de 1429." Or nous savons qu'Isabelle Vouthon fut envoyée par Jeanne à ce fameux pèlerinage du Puy de 1429. Les papes, dès une époque  fort reculée, avaient accordé à Notre-Dame du Puy en Velay." Or nous savons qu'Isabelle Vouthon fut envoyée par Jeanne à ce fameux pèlerinage du Puy de 1429. Les papes, dès une époque fort reculée, avaient accordé à Notre-Dame du Puy en Velay un grand jubilé, chaque fois que le vendredi saint tomberait le 25 mars, jour de l'Annonciation, qui est la fête patronale de la cathédrale et du diocèse du Puy ; institution qui subsiste encore aujourd'hui, ainsi que le prouve le jubilé de 1864. Jeanne, comme nous le raconte M. Siméon Luce, envoya donc à ce pèlerinage, au moment même où elle commençait sa mission, sa mère et plusieurs de ses amies ou compatriotes. Cette coïncidence entre la charte possédée par M. de Ribbe et le voyage d'Isabelle Vouthon, n'est-elle pas curieuse ? Qui sait même si la mère de la Pucelle n'aurait pas été appelée Romée (comme le fut Duranti), seulement en raison de son pèlerinage au Puy, c'est-à-dire postérieurement à 1429 ? C'est là notre avis ; nulle part avant cette date, nous ne voyons Isabelot nommée Romée. Ce n'est qu'un peu plus tard que ce nom devint nom patronymique et que la descendance d'un pèlerin fut appelée Romieu, comme son ancètre. L'extension graduelle de ce Romieu, n'est-elle pas démontrée par le mot provençal romevage (d'où l'on a fait l'expression actuelle de romérage), qui s'applique aux fêtes des villages avoisinants, auxquelles la coutume est de rendre en bandes, en quelque sorte en pèlerinage ; la racine du mot est toujours la même. Quoi qu'il en soit, le Romieu dont s'agit a été peut-être un des ancètres du de Romieu, natif d'Arles, qui fut grand ministre d'Etat en Provence.

 

(24)     Michel Hardy, la Mission de Jeanne d'Arc préchée à Périgueux en 1429. Périgueux 1887, in-8. Voici le texte de ce document ; "Item beylem lo XIII jorn de dezembre, que fezern dire una messa am nota, per so que M Hel. Bodant era vengut en esta vila e prediquet a tot lo poble los grans miratgles que  eran estat fact en Fransa  per la venguda d'una pioucela qui era venguda a nostre sier lo rey de part Diou ; e nos fezem metre à la dicha messa dos siris qui pesavan j quart et demi quart, e donem a Mosser Joh. de Lascout qui dizia la dichia messa dos S., monta tot iij s.iiij d.m."

 

(25)   Semaine religieuse de Rouen, 29 mai 1886, p.527.