par Pierre BAUDIN, Curé.

UNE PAGE D'HISTOIRE DE FRANCE ...

écrite à St Pierre-le-Moutier

 

 


Quand nos pas et notre cœur nous conduisent vers notre vieille Église bénédictine, nous découvrons à l'intérieur de cet édifice sacré une imposante statue de Jeanne d'Arc que le sculpteur nous présente dans une attitude de recueillement de prière au Sacre du Roi Charles VII à Reims. Nous pouvons également jeter nos regards sur un triple vitrail, évoquant Jeanne victorieuse des Anglais et de leurs complices à St Pierre; sur des mosaïques, représentant des scènes de sa vie et encore d'autres vitraux, rappelant la protection des habitants de notre ville par sa libératrice.

 

Pourquoi donc notre Église conserve-t-elle tant de souvenirs de la petite bergère de Domrémy, devenue une héroïne nationale ? Que s'est-il donc passé en 1429 dans notre ville du Grand Bailliage ? Allons consulter notre Histoire de France.

 

En 1431, Jeanne est brûlée vive à Rouen sur la place du Vieux Marché, à la suite d'une parodie de justice.

 

24 ans après, en la Basilique Notre Dame de Paris, s'ouvre le PROCES DE REHABILITATION de la condamnée de Rouen.

 

Isabelle Romée, mère de Jeanne et ses deux fils Pierre et Jean seuls survivants de la famille viennent présenter une SUPPLIQUE au Commissaire désigné par le Pape pour entreprendre ce procès.

 

Ecoutons André MALRAUX décrire cette scène :

 

"A Notre Dame de Paris, la mère de Jeanne, petite forme de deuil, terrifiée dans l'immense nef, vient présenter le rescrit par lequel le Pape autorise la révision. Autour d'elle, ceux de Domrémy qui ont pu venir, et ceux de Vaucouleurs, de Chinon, d'Orléans, de Reims, de Compiègne...

Tout le passé revient avec cette voix que la chronique appelle "une lugubre plainte" : "Bien que ma fille n'ait pensé, ni ourdi, ni rien fait qui ne fût selon la foi, des gens qui lui voulaient du mal lui imputèrent mensongèrement nombre de crimes. Ils la condamnèrent iniquement et ..." la voix désespérée se brise alors."

André Malraux ," Oraisons funèbres", Gallimard 1971, p.94.

Il faut savoir qu'au cours des 6 années précédentes, trois enquêtes ont été faites, à Domrémy, Paris, Orléans, Vaucouleurs, Rouen, partout où Jeanne avait passé. 115 personnes interrogées de toutes conditions sociales et ces enquêtes, toutes, avaient attesté l'innocence de notre Héroïne.

 

Un "TEMOIGNAGE" eut manqué : celui DE JEAN D'AULON, intendant de Jeanne, si l'Archevêque de Reims n'avait pris soin de lui demander tout au moins sa déposition par écrit.

 

Jean d'AULON, en effet, était Sénéchal de Beaucaire : plutôt que de venir déposer au procès de Paris, il fût invité à dire ce qu'il savait devant l'Officialité de Lyon : elle est datée de 20 Mai 1456. J'en extrais le passage qui intéresse Saint-Pierre :

 

Chevalier, Conseiller et Maître de l'Hôtel du Roi de France, notre sire et son sénéchal en la ville de Beaucaire.

 

Recueillie au couvent des prêcheurs de Lyon par religieuse personne Fr.Jean des Prés, vice-inquisiteur général pour le royaume de France, en présence des notaires Hugues et Barthélemy Bellièvre, le 28 Mai 1456.

 

"... Dit encore qu'un certain temps après le retour du sacre du Roi, le conseil, qui était alors à Mehun-sur-Yèvre, fut d'avis qu'il était très nécessaire de recouvrer la ville de la Charité, que tenaient lesdits, ennemis; mais qu'il fallait avant prendre la ville de Saint-Pierre-le-Moutier, que pareillement tenaient ces ennemis.

Dit que, pour ce faire et rassembler les gens, ladite Pucelle alla en la ville de Bourges, en laquelle elle fit son rassemblement, et de là, avec une certaine quantité de gens d'armes, dont Monseigneur d'Albret était le chef, ils allèrent assiéger ladite ville de Saint-Pierre-le-Moutier.

Et dit que, après que ladite Pucelle et ses dites gens eussent tenu le siège devant ladite ville pendant quelque temps, il fut ordonné de donner l'assaut à la ville; et ainsi fut fait ; et de la prendre, ceux qui étaient là se mirent en devoir; mais, vu le grand nombre de gens d'armes qui étaient en ladite ville, la grande force d'icelle, et aussi la grande résistance que ceux de dedans faisaient, lesdits Français furent contraints et forcés de battre en retraite, pour les causes dessus dites. Et à cette heure, le déposant, lequel était blessé d'un trait au talon, tellement que, sans béquilles, il ne se pouvait soutenir ni aller, vit que ladite Pucelle était demeurée très petitement accompagnée de ses gens et de quelques autres; et redoutant qu'inconvénient ne s'ensuivît, le déposant monta sur un cheval et incontinent tira vers elle, et lui demanda ce qu'elle faisait là ainsi seule et pourquoi elle ne se retirait pas comme les autres. Laquelle, après qu'elle eût ôté sa salade de dessus sa tête, lui répondit qu'elle n'était pas seule, et qu'elle avait encore en sa compagnie cinquante mille de ses gens, et qu'elle ne partirait d'ici jusques à ce qu'elle eût pris ladite ville.

 

Et dit ledit déposant qu'à cette heure, quelque chose qu'elle dît, elle n'avait pas avec elle plus de quatre ou cinq hommes; il le sait de science certaine, et plusieurs autres qui pareillement la virent : pour laquelle cause, il lui dit derechef qu'elle s'en allât d'ici, et se retirât comme les autres faisaient. Et alors, elle lui dit qu'il lui fit apporter les fagots et les claies pour faire un pont sur les fossés de ladite ville, afin qu'ils y pussent mieux approcher. Et en lui disant ces paroles, elle s'écria à haute voix et dit : "Aux fagots et aux claies tout le monde, afin de faire le point !"Lequel incontinent fut fait et dressé. De laquelle chose, le déposant fut tout émerveillé, car incontinent ladite ville fut prise d'assaut, sans y trouver pour lors trop grande résistance.

Et dit le déposant que tous les faits de la Pucelle lui semblaient plus faits divins et miraculeux qu'autrement, et qu'il était impossible à une si jeune Pucelle de faire telles oeuvres, sans le vouloir et conduite de Notre Seigneur.

A la lumière de ce témoignage officiel qui figure dans les Actes du Procès de Réhabilitation, nous comprenons très clairement pourquoi nous honorons la mémoire de Jeanne d'Arc dans notre Cité.

Quand vous viendrez dans notre Église, vos yeux s'arrêteront sur un vitrail représentant Jean d'Aulon, témoin de la Victoire de la Pucelle à Saint-Pierre.

Jeanne d'Arc est un des grands personnages  de notre Histoire Nationale. N'en doutons pas !  Que les "Cauchons" d'aujourd'hui, comme celui de Beauvais hier, ne viennent pas salir la "Sainte de la Patrie".

Que Jeanne d'Arc, " Jeannette" disait Péguy vienne abreuver ce monde troublé, désertique, contaminé par l'exemple de son courage, de sa pureté, de son patriotisme.