par Jacques de la Ville Baugé.

L'ALLEGORIE DE L'ANGE DE LA COURONNE 

 

 


Le 17 Mars au Cercle de Saint Augustin, à la fin de la conférence sur "Jeanne d'Arc, héroïne nationale", nous comptions bien donner la parole aux auditeurs désireux de faire éclaircir quelques points particuliers.

Le temps nous a manqué pour le faire.

Certains se sont demandés ce que signifiait l'allégorie de l'ange de la couronne, que le Président avait évoquée dans son exposé.

En la retrouvant citée en fin de page 4 dans le bulletin N°140, qui reproduit la première partie du texte, les mêmes ou peut-être d'autres se sont encore posés la question.

La solution était donc une information à la source.

Voici ce que m'en a dit René Olivier.

Au cours de l'infâme procès de Rouen, le satanique évêque CAUCHON, se sachant privé du moindre motif d'accusation contre la Pucelle qu'il voulait envoyer au bûcher, tentait par le jeu de ses questions aussi vicieuses que décousues, de lui faire dire un mot où l'on eut pu soupçonner quelque trace d'hérésie. Il demande alors à Jeanne :

* "Qui a posé la couronne d'or sur la tête du roi, lors du sacre de Reims?".

* Réponse de Jeanne : "C'est l'évêque de Reims, Renaud de Chartres."

* Autre question : "Qui a amené cette couronne à Reims?"

* Réponse de Jeanne :"C'est un ange!"

* Nouvelle question : "D'où venait cet ange?"

* Réponse de Jeanne :"Du ciel!"... évidemment.

Le sinistre prélat aurait du s'en douter, car ça faisait partie de son métier.

Et sur ce mot, CAUCHON change de sujet.

Sous ses apparences banales, cette séquence du débat de Rouen nous apporte, par la bouche de la Pucelle, une explication d'une portée incalculable, véritable percée de notre monde vers l'au-delà. Cette présence de l'ange, projette sur la nature de Jeanne d'Arc et de sa mission, un rayon de lumière céleste d'une éblouissante clarté. En voici la raison...

Quand Jeanne d'Arc répond à la première question, la couronne d'or posée par Renaud de Chartres sur la tête du roi, il s'agit bien de l'objet matériel, la pièce d'orfèvrerie représentant la souveraineté.

Par contre, quand Jeanne d'Arc répond aux deuxième et troisième questions, que cette couronne a été apportée du ciel par un ange, ce n'est plus de l'objet qu'elle parle, mais bien du haut symbole qu'il représente, c'est-à-dire de la souveraineté elle-même, dont Jeanne est venue à Reims restaurer le principe au profit de Charles VII, le légitime héritier des Capétiens-Valois.

Ce glissement subtil mais formel, transposition supérieurement habile de l'objet de métal au principe qu'il représente, nous conduit vers ce qu'il faut appeler "l'allégorie de l'ange de la couronne", dont le sens profond, d'une extrême richesse apparaît aussitôt.

Ici, tout devient clair, car qui avait provoqué, organisé, imposé, réalisé l'expédition du sacre de Reims où la couronne symbole fut déposée sur la tête de Charles VII pour faire de lui un vrai roi de France?...

C'est Jeanne d'Arc et elle seule. Dès lors, la démonstration est sans équivoque : l'ange c'est elle. Elle le sait et elle l'a dit sous les voiles subtils de l'allégorie. Cette nature angélique qu'elle se connaissait, les habitants de Vaucouleurs et d'Orléans la connaissaient eux aussi, eux qui l'avaient surnommée "l'Angélique".

Ce recours à l'allégorie n'est pas unique dans la vie de Jeanne d'Arc. On retrouve, notamment au cours du procès de Rouen, plusieurs allusions à la signification symbolique de la couronne et au rôle de l'ange. Cette manière de traduire les hautes réalités de l'au-delà à travers leurs correspondances matérielles dans notre monde, était chez Jeanne d'Arc un mode d'expression familier, généralement compris de ses contemporains. Mais il demeurait inaccessible et comme indéchiffrable à la mentalité perverses de l'évêque CAUCHON, corrompue et alourdie par son inféodation ouvertement satanique. Devant ces sortes de réponses, il passait outre.. Il fuyait....