(Document du XIXe siècle communiqué par ville de Loches)

LE PROCÈS DE JEANNE D'ARC (Partie 1/4)
(Document du XIXe siècle communiqué par ville de Loches)

C 'est un procès d'hérésie que Pierre Cauchon, et avec lui l'université de Paris, entend faire à Jeanne. De tels procès sont alors menés par l'Inquisition, instituée en 1231. Il s'agit avant tout de prouver que le roi de France a été couronné par les artifices d'une sorcière - en tout cas d'une hérétique. Les procès de sorcellerie sont rares à l'époque. Il faudra attendre le XIX e siècle pour les voir proliférer.

O n a regretté que Jeanne d'Arc ne nous soit connue que par des « grimoires de notaires ». Si les événements qu'elle déclenche ont été rapportés par les chroniqueurs, ce sont les deux procès - de condamnation et de « réhabilitation » - qui nous permettent de connaître Jeanne. A cause de la sécheresse des questions et des comptes-rendus, cette personne ressort avec une netteté incomparable, à laquelle la signature des notaires au bas des pages ajoute une incontestable authenticité historique. Mais il faudra attendre le XIXème siècle (1841-1849) et le travail de Jules Quicherat pour que ces pages soient enfin publiées.

Mercredi 21 février : Première journée des interrogatoires

Jeanne - Je ne sais pas sur quoi vous me voulez interroger. Par aventure me pourriez-vous demander telles choses que je ne vous dirais point. 
Cauchon - Vous jurez de dire vérité sur ce qui vous sera demandé concernant la matière de foi et ce que vous saurez ?
J - De mon père, de ma mère, et des choses que j'ai faites depuis que j'ai pris le chemin de France, volontiers je jurerai. Mais des révélations à moi faites de par Dieu, je ne les ai dites ni révélées à personne, fors au seul Charles mon Roi. Et je ne les révélerai même si on devait me couper la tête. Car j'ai eu cet ordre par vision, j'entend par mon conseil secret, de ne rien révéler à personne.[...]
C - Quels sont votre nom et votre surnom ?
J - En mon pays, on m'appelait Jeannette et, après que je fus venue en France, on m'appela Jeanne. Du surnom, je ne sais rien.
C- Quel est votre lieu d'origine ?
J - Je suis née au village de Greux. C'est au lieu dit Greux qu'est la principale église.
C - Quels étaient les prénoms de vos père et mère ?
J - Mon père s'appelait Jacques d'Arc. Ma mère Isabeau.
C - Où fûtes-vous baptisée ?
J - En l'église de Domrémy.[...]
C - Qui vous a appris votre croyance ?
J - Je l'ai appris de ma mère Pater Noster, Ave Maria, Credo. Je n'ai pas appris d'autre personne ma croyance, sinon de ma mère.
C - Dites Pater Noster.
J - Entendez-moi en confession et je vous le dirai volontiers.[...]

Jeudi 22 février

[...]Jean BEAUPERE - Quel était votre âge quand vous avez quitté la maison devotre père ? 
J - De mon âge je ne saurais déposer.
B - Dans votre jeunesse avez-vous appris quelque métier ?
J - Oui, à coudre panneaux de lin, et à filer, et je ne crains femme de Rouen pour filer et coudre.[...] 
B- Quand avez-vous commencé à ouïr ce que vous nommez vos voix ?
J - Quand j'eus l'âge d'environ treize ans, j'eus une voix de Dieu pour m'aider à me gouverner. Et la première fois, j'eus grand'peur. Et vint cette voix environ l'heure de midi, au temps de l'été, dans le jardin de mon père. Je n'avais pas jeûné la veille. J'ouïs la voix du côté droit de l'église, et rarement je l'ouïs sans clarté.[...] 
B - Comment était cette voix ?
J - Il me semblait que c'était une digne voix, et je crois que cette voix était envoyé de par Dieu. Lorsque j'eus ouï par trois fois cette voix, je connus que c'était la voix d'un ange. Cette voix m'a toujours bien gardée, et je comprenais bien cette voix.
B - Quel enseignement vous donnait cette voix pour le salut de votre âme?
J - Elle m'enseigna à bien me conduire, à fréquenter l'église.[...] La voix me disait de venir en France, et je ne pouvais plus durer où j'étais. Cette voix me disait encore que je lèverais le siège mis devant la cité d'Orléans. Elle me dit en outre d'aller à Robert de Baudricourt, dans la ville de Vaucouleurs, et qu'il me baillerait des gens pour aller avec moi.[...]
B - Vites-vous quelque ange au-dessus de votre roi ?
J - Pardonnez-moi. Passez outre.
B - Votre roi eut-il des révélations ?
J - Avant que mon roi me mît à l'oeuvre, Il eut plusieurs apparitions et belles révélations. 
B - Quelles apparitions et révélations eut votre roi ?
J - Je ne vous le dirai point. Vous n'aurez pas encore réponse. Mais envoyez vers le roi et il vous le dira.
B - Pourquoi votre roi vous a-t-il reçue ?
J - La voix m'avait promis que mon roi me recevrait assez tôt après que je serais venue vers lui. Ceux de mon parti connurent cette voix, je le sais bien. Mon roi et plusieurs autres ouïrent et virent les voix qui venaient à moi.
B - Entendez-vous souvent cette voix ?
J - Il n'est jour que ne l'entende, et même j'en ai bien besoin.[...]

Pierre CAUCHON : Négociateur du traité de Troyes qui lui valu l'évêché de Beauvais, Cauchon fait successivement décider que le procès de Jeanne serait mené par lui. Il se met en devoir de mettre en place tous les éléments du procès qu'il compte bien faire à Jeanne, entre autres en faisant venir de Paris six universitaires pour l'assister et convaincre Jeanne d'hérésie.