(Document du XIXe siècle communiqué par ville de Loches)

LE PROCÈS DE JEANNE D'ARC (Partie 4/4)
(Document du XIXe siècle communiqué par ville de Loches)

Samedi 31 mars : Dans la prison

J - [...] Ce que notre Sire m'a fait faire et commandé et commandera, je ne le laisserai à faire pour homme qui vive, et il me serait impossible de le révoquer. En cas que l'Eglise me voudrait faire faire autre chose au contraire du commandement que je dis à moi fait par Dieu, je ne le ferais pour quelque chose. 
C - Si l'Eglise militante vous dit que vos révélations sont illusion ou chose diabolique ou mauvaise chose, vous en rapportez-vous à l'Eglise ?

J - Je m'en rapporte à Notre-Seigneur duquel je ferai toujours le commandement.[...]
C - Croyez-vous point que vous soyez sujette à l'Eglise qui est sur terre, c'est à savoir à notre saint-père le pape, aux cardinaux, archevêques, évêques et autres prélats d'Eglise ?
J - Oui, Notre-Sire Dieu premier servi.

Du 18 avril au 23 mai, ce sont les admonitions charitables : tout au long de ces séances les réponses de Jeanne, qui est malade, sentent la fatigue. Elle est excédée, presque indifférente à la comédie qu'on lui joue. Elle sent la mort proche. Le 9 mai, on la menace de torture.
Elle ajoutera, le 23 mai :
Jeanne - Si j'étais en jugement, et voyais le feu allumé, et le bois préparé, et le bourreau prêt de bouter le feu, et si j'étais dedans le feu, je n'en dirais autre chose et soutiendrais ce que j'en ai dit au procès jusqu'à la mort.

Jeudi 24 mai : Scène de l'abjuration.

On sait que le texte de cette abjuration, tel qu'il figure dans le registre du procès, est beaucoup plus long que celui qui fut lu à Jeanne par l'huissier Jean Massieu et répété, puis signé, par elle ce jour-là. Voici ce qu'elle signa, sans en connaître tout le contenu, la main tenue par le secrétaire du roi d'Angleterre :

 

"Je, Jeanne, appelée la Pucelle, misérable pécheresse, après que j'ai connu les lacs d'erreur auquel j'étais tenue, et que, par la grâce de Dieu, je sois retournée à notre mère sainte Eglise, afin qu'on voit que, non pas feintement, mais de bon coeur et de bonne volonté je suis retournée à Elle, je confesse que j'ai gravement péché, en feignant mensongèrement avoir eu révélations et apparitions de par Dieu et ses anges, sainte-Catherine et sainte-Marguerite. Et de tous mes dits et faits qui sont contre l'Eglise, je me rétracte et veux demeurer en l'uni­on de l'Eglise sans jamais en départir."

 

Pendant que l'on dresse ostensiblement un bûcher non loin de là, Jeanne répondra aux exhortations du maître de l'université de Paris et chanoine de Rouen, qui lui fait un sermon, devant un tribunal : "Je m'en rapporte à Dieu et à Notre Saint Père le Pape."
Ce qui en un procès normal eût été suffisant pour interrompre la procédure, car ceux qui faisaent appel au Pape devaient lui être conduits.

Lundi 28 mai : Dans la prison. Procès de relapse et dernier interrogatoire de Jeanne

Cauchon - Quand et pourquoi avez-vous repris l'habit d'homme ?
J - J'ai naguère repris l'habit d'homme et laissé l'habit de femme.
C - Pourquoi l'avez-vous pris ? Qui vous l'a fait prendre ?
J - Je l'ai pris de ma propre volonté. Personne ne m'y a contrainte ; j'aime mieux l'habit d'homme que de femme.
C - Vous aviez juré et promis de ne pas reprendre l'habit d'homme.
J - Je n'ai jamais entendu faire serment de ne pas reprendre l'habit d'homme.
C - Pour quelle cause l'avez-vous repris ?
J - Parce qu'il me semble plus licite et convenable d'avoir l'habit d'homme, autant que je serai avec des hommes, que de porter l'habit de femme. Et en outre, je l'ai repris parce qu'on n'a pas tenu ce qu'on m'avait promis : que j'irai à la messe, et recevrais mon Sauveur, et que je serai mise hors de fers. Les Anglais m'ont fait ou fait faire en la prison beaucoup de torts et de violences quand j'étais vêtue d'habits de femme. (elle pleure) J'ai fait cela pour la défense de ma pudeur[...]. 
C - Depuis jeudi dernier, avez-vous ouï les voix de sainte-Catherine et sainte-Marguerite ?
J - Oui
C - Que vous ont-elles dit ?
J - Que Dieu me mandait par elles que je m'étais mise en grand danger de perdition, parce que j'avais consenti à faire cette abjuration et renonciation, pour sauver ma vie ; et que je me damnais pour sauver ma vie. Avant ce jeudi, mes voix m'avaient dit ce que je devais faire, et ce que j'ai fait. Elles m'avaient dit, [quand je serai sur] en l'échafaud, de répondre hardiment au prêcheur ; il disait que j'avais fait plusieurs choses que j'ai jamais faites ; Si ce n'était Dieu qui m'avait envoyée, je me damnerais, mais véritablement c'est Dieu qui m'a envoyée...[...] Tout ce que j'ai dit et rétracté, je l'ai fait seulement pour la crainte du feu. [...] Jamais je n'ai fait quelque chose contre Dieu ou contre la foi, quoi que l'on m'ait commandé de rétracter ; et ce qui était contenu dans la cédule d'abjuration, je ne l'ai jamais compris. Je n'entends jamais rien rétracter, si ce n'était qu'il plût à Dieu que je le rétracte. Si les juges le veulent, je reprendrai l'habit de femme. Du surplus je n'en ferai autre chose.
C - Vous êtes donc hérétique obstinée et rechue.
J - Si vous, Messeigneurs de l'Eglise, m'eussiez menée et gardée en vos prisons, par aventure ne me fût-il pas advenu ainsi. 
C - Cela entendu, nous n'avons plus qu'à procéder plus outre, selon ce qui est de droit et de raison.

Le mercredi 30 mai , Jeanne était conduite au bûcher sur la place du Vieux marché. Etant dans la flamme, jamais elle ne cessa jusqu'en la fin de clamer et confesser à haute voix le saint nom de Jésus en implorant sans cesse l'aide des saints et saintes du paradis. Et, qui plus est, en rendant son esprit et inclinant la tête, proféra le nom de Jésus en signe qu'elle était fervente en la foi de Dieu.

L'épopée et la personnalité de Jeanne d'Arc ont toujours prêté à discussions - le plus souvent fantaisistes - sur ses origines, sa bonne foi.
Toujours est-il que son procès a bel et bien été mené comme un procès politique