(Document du XIXe siècle communiqué par ville de Loches)

LE PROCÈS DE JEANNE D'ARC (Partie 2/4)
(Document du XIXe siècle communiqué par ville de Loches)

Samedi 24 février

[...]BEAUPERE - Ceux de Domrémy tenaient-ils le parti des Bourguignons ou le parti adverse ?
J - Je ne connaissais qu'un Bourguignon, et j'eusse bien voulu qu'il eût la tête coupée, voire s'il eût plu à Dieu !
B - Au village de Maxey, étaient-ils Bourguignons ou adversaires des Bourguignons ?
J - Ils étaient Bourguignons.
B - La voix vous a-t-elle dit en votre jeunesse de haïr les Bourguignons ?

J - Depuis que je compris que les voix étaient pour le roi de France, je n'ai point aimé les Bourguignons. Les Bourguignons auront la guerre s'ils ne font ce qu'ils doivent. Et je le sais par la voix.
B - En votre jeune âge, avez-vous eu révélation par la voix que les Anglais devaient venir en France ?
J - Déjà les Anglais étaient en France, quand les voix commencèrent à venir.[...]
B - En votre jeune âge, aviez-vous grande intention de persécuter les bourguignons ?
J - J'avais grande volonté et grand désir que le roi eût son royaume.

Mardi 27 février

BEAUPERE - Aviez-vous prescience que vous seriez blessée [à Orléans] ?
J - Je le savais bien, et l'avais dit à mon roi, mais que, nonobstant, il ne laissât pas de besogner. Cela m'avait été révélé par les voix des deux saintes, savoir de la bienheureuse Catherine et de la bienheureuse Marguerite. Je fus la première à poser l'échelle en haut, dans ladite bastille du pont. Et comme je levais cette échelle, je fus blessée au cou par le vireton, comme je l'ai dit.[...]

Jeudi 1er mars

CAUCHON - Que pensez-vous qu'il doive arriver à ceux de votre parti ?
J - Avant qu'il soit sept ans, Les Anglais perdront plus grand gage qu'ils ne firent devant Orléans, et ils perdront tout en France. Les Anglais auront plus grande perte qu'oncques n'eurent en France, et ce sera par grande victoire que Dieu enverra aux Français.
C - Comment le savez-vous ?
J - Je le sais bien par révélation qui fut faite, et que cela arrivera avant sept ans ; et je serai bien courroucée que ce fût autant différé. Je sais cela par révélation aussi bien que je vous sais devant moi.
C - Quand cela arrivera-t-il ?
J - Je ne sais ni le jour ni l'heure.
C - Quelle année cela arrivera-t-il ?
J - Vous n'aurez pas encore cela. Bien voudrais-je toutefois que ce fût avant la Saint-Jean ![...]
C - Sainte-Marguerite parle-t-elle langage d'Angleterre ? 
J - Comment parlerait-elle anglais puisqu'elle n'est pas du parti des Anglais ?
C - Sur leurs têtes, avec les couronnes, y avait-il des anneaux d'or ou autrement ? 
J - Je n'en sais rien.
C - Vous-même n'avez-vous pas certains anneaux ?
J - Vous, évêque, vous en avez un à moi. Rendez-le moi ! Les Bourguignons ont un autre anneau. Mais montrez-moi cet anneau, si vous l'avez.
C - Qui vous donna l'anneau qu'ont les Bourguignons ?
J - Mon père, ou ma mère. Il me semble qu'il y avait écrits les noms de Jhesus Maria.[...] Et l'anneau me fut donné en la ville de Domrémy. Mon frère me donna un autre anneau que vous avez, et que je vous charge de le donner à l'église.
C - N'avez-vous guéri personne avec l'un ou l'autre de vos anneaux ?
J - Jamais je n'ai guéri personne par le moyen desdits anneaux.[...]
C - Quel signe avez-vous donné à votre roi pour lui montrer que vous veniez par Dieu ?
J - Je vous ai toujours dit que vous ne le tirerez pas de ma bouche. Allez lui demander !
C - Avez-vous juré de na pas révéler ce qui vous serait demandé touchant le procès ?
J - Je vous ai autrefois dit que je ne vous dirai pas ce qui touche et ce qui va à notre roi, je ne parlerai pas.
C - Ne savez-vous point le signe que vous avez donné au roi ?
J - Vous ne le saurez pas de par moi.
C - Cela touche le procès.
J - J'ai promis de la tenir bien secret, et ne vous en dirai rien. Je l'ai promis en tel lieu que je ne le vous puis dire sans me parjurer.
C - A qui l'avez-vous promis ?
J - A sainte-Catherine et sainte-Marguerite. Et ce fut montré au roi. Je l'ai promis aux deux saintes, sans qu'elles me requissent. Et je le fis à ma propre requête, car trop de gens me l'eussent demandé, si je ne l'eusses promis aux saintes.[...]

Samedi 3 mars

CAUCHON - Avez-vous su par révélation que vous vous échapperiez ?
J - Cela ne touche point votre procès. Voulez-vous que je parle contre moi ?
C - Les voix vous en ont-elles dit quelque chose ?
J - Cela n'est point de votre procès. Je m'en rapporte à mon Seigneur. Et si tout vous concernait, je vous dirais tout. Par ma foi, je ne sais le jour ni l'heure où je m'échapperai.
C - Les voix vous en ont-elles dit quelque chose en général ?
J - Oui , vraiment, les voix m'ont dit que je serai délivrée, mais je ne sais le jour ni l'heure, et qu'hardiment je fasse bon visage.[...] 
C - N'avez-vous point levé d'enfant aux fonts baptismaux ? 
J - A Troyes, j'en levai un. Mais de Reims je n'en ai point de mémoire, ni de Château-Thierry. J'en levai deux aussi à Saint-Denis. Et volontiers mettais nom aux fils, "Charles", pour l'honneur de mon roi, et aux filles, "Jeanne".[...] 
C - Les bonnes femmes de la ville touchaient-elles leurs anneaux à l'anneau que vous portiez ? 
J - Maintes femmes ont touché à mes mains et à mes anneaux, mais je ne sais point leur coeur et intention.[...]