Dans « L'affaire Jeanne d'Arc », Roger Senzig et Marcel Gay évoquent certains textes  en y décelant d'étonnantes extensions, ou en en retranchant quelques mots cruciaux. C'est par exemple le cas avec le témoignage de Jean Morel.

Voici ce qu'ils écrivent (p. 116) à propos de cette pièce : « Le témoignage de Jean Morel, un de ses trois parrains, interrogé le 28 janvier 1456 lors du procès en nullité, fait état (article VI) de « rencontres » entre Jeanne et des gentes dames à l'hermitage de Notre-Dame de Bermont, à côté de Domrémy ». Ces rencontres avec de « gentes dames » sont importantes pour justifier leur théorie.

Voici maintenant le passage du témoignage en question : « J'ai été témoin que Jeannette allait volontiers et souvent à la chapelle dite l'Hermitage de la bienheureuse Marie de Bermont, près de Domremy. Tandis que ses parents la croyaient dans les champs, à la charrue ou ailleurs, elle était là. Quand elle entendait sonner la messe et qu'elle était aux champs, elle rentrait au village et gagnait l'église pour entendre la messe. Je puis l'attester pour l'avoir vu » (Source : Joseph Fabre, « Procès de réhabilitation de Jeanne d'Arc, raconté et traduit d'après les textes latins officiels », Tome I.- Paris p. 73).

De Dames point ! « Mais ou sont les neiges d'antan ? »

Autre "erreur" de transcription

Cela ne s'arrête cependant pas là et je pourrais multiplier les exemples à l'envi. Je me contenterai donc d'un seul autre, particulièrement édifiant. Voyons ensemble le récit connu sous le nom de "Hardiesses de Pierre de Sala", évoqué largement aux pp. 254 et suiv. de l'ouvrage de MM. Gay et Senzig. Ce texte est présenté comme une pièce cruciale dans la thèse des auteurs : la survie de Jeanne au bûcher de Rouen et sa réapparition sous les traits de Claude des Armoises. Voici le texte original : "Alors miraculeusement, après avoir ouy ce seul mot, se mit à genoulz devant le roy celle faulce Pucelle, en luy criant mercy ; et sus le champ confessa toute la trayson, dont aulcuns en furent justiciez très asprement, comme en tel cas appartenoit " (Quicherat, Procès de condamnation et de réhabilitation de Jeanne d'arc, vol. IV, 1847, p. 271). Dans l'esprit de toute personne raisonnable, les regrets concernent logiquement l'usurpation d'identité.

Sous la plume de Marcel Gay, le même texte devient : "Alors, miraculeusement, après avoir entendu ce seul mot, elle se mit à genoux devant le roi en lui criant merci et sur-le-champ confesse toute la trahison dont quelques'uns furent justiciés très âprement comme en tel cas bien il appartient". Mais qu'est donc devenue la mention "celle faulce Pucelle" ? Selon M. Gay, les remords de la fausse Jeanne prennent une bien étrange forme :  elle s'en veut d'avoir attaqué Paris en 1430 en désobéissant à son roi. Mouais... "Fausse Pucelle" devient donc gênant. Qu'à cela ne tienne. Peu de gens iront vérifier aux sources, alors supprimons la mention... Bizarre, vous avez dit bizarre ? Désolé, je suis un "fondamentaliste de l'histoire officielle"...

SWG