DE QUICHERAT

LA REVELATION CULTURELLE DE QUICHERAT

 

 

 

 

 

RÉVÉLATION OU RÉVOLUTION ?.....

 

 

Devons nous donner le nom de « Révélation » ou celui de « Révolution » à l’initiative du jeune chartiste Jules Quicherat qui, au début du XIX siècle, dans une ambiance d’épaisse ignorance générale, tira de l’oubli la véritable histoire de Jeanne d’Arc, pour la révéler sous un jour éblouissant aux yeux du monde savant qui en fut bouleversé ?...

 

« Révélation » et « Révolution », les deux termes si voisins conviennent également pour définir le phénomène, en raison de sa nature et de sa portée.

 

Voyons à présent de quoi il s’agit!...

 

 

 

 

LE SECOND CRIME DE CAUCHON : LA FALSIFICATION DE L’HISTOIRE

 

 

De nos jours, tous ceux qui, dans un monde cultivé connaissent dans ses grandes lignes l’épopée sublime de Jeanne d’Arc, savent qu’après le crime inexpiable du tribunal ecclésiastique de Rouen qui fit brûler la sainte héroïne, l’histoire de Jeanne d’Arc sombra dans l’oubli.

 

Cet oubli induit par l’horreur du drame qui venait de bouleverser l’histoire, était encore compliqué  par l’infâme campagne de diffamation posthume de l’Évêque Cauchon pour discréditer sa victime. Une manœuvre perverse fondée sur de flagrantes falsifications dont ou retrouve les traces jusqu’au Concile de Bâle de 1434.

 

 

 

 

LA LÉGENDE SUPPLANTE L’HISTOIRE

 

 

C’est ainsi qu’après le procès de 1456 qui lava  l’honneur de Jeanne, l’Église ayant, par une sorte de pudeur gênée, jeté le manteau de Noë sur le crime satanique de l’Évêque Cauchon, le monde sombra dans une longue amnésie de cinq siècles, où de l’éblouissante histoire de la vierge guerrière ne subsistèrent que des bribes d’une vague légende.

 

C’est la légende romanesque dont l’iconographie nous offre les images désolantes d’une sorte de Walkyrie aux vastes jupes de falbala et chapeaux à plumes à la mode du temps, brandissant d’un geste menaçant, une énorme rapière.

 

 

 

 

LES SACRILÈGES DE 1789

 

 

Au passage, l’altération sacrilège de notre héroïne fut encore aggravée par la sinistre campagne révolutionnaire de 1789 contre toutes les gloires de notre passé.

 

Les délires du sombre fanatisme républicain poussèrent ces brutes avinées jusqu’à interdire les cérémonies maintenues dans plusieurs villes en l’honneur de la Pucelle ; à faire disparaître des monuments élevés à sa mémoire par la ferveur populaire ; et même à brûler son chapeau conservé comme relique par les religieux d’Orléans. Les cendres de l’Évêque Cauchon semblaient revivre dans de tels actes de barbarie bestiale.

 

C’est ainsi qu’au décours de cette période la plus triste de notre histoire, même chez les Français cultivés de ce temps, il ne resta plus rien de l’éblouissante épopée qui au XVème siècle marqua l’histoire de l’empreinte indélébile du surnaturel.

 


 

QUELQUES TIMIDES APPROCHES

 

 

Si vers la fin du siècle dernier, devant l’état d’indigence des connaissances historiques de notre passé national, quelques consciences furent mises en éveil, on n’assista encore qu’à de timides essais qui ne percèrent pas jusqu’à laconnaissance du public.

 

Après les noms de quelques lointains précurseurs, Valéran de La Varanne, Edmond Richer, Clément de L’Averdy, vinrent plus près de nous ceux de Berriat - Saint-Prix et Le Brun des Charmettes. Puis ceux de l’Allemand Guido Görres le plus avancé et de Michelet au milieu du XIXème siècle.

 

En dépit de ces quelques approches, l’histoire de Jeanne d’Arc demeurait encore ignorée non seulement du public français, mais de l’ensemble du monde savant et, fait plus grave encore, de l’Eglise elle-même. C’est ce que révéleront plus tard les pénibles étapes du cheminement qui en 51 ans d’efforts obstinés de quelques prélats aussi méritants que valeureux, tels Monseigneur Frépel, Monseigneur Dupanloup et surtout le Cardinal Touchet, finirent par aboutir à une laborieuse et tardive canonisation. 

 

 

 

 

LA RÉVOLUTION CULTURELLE DE QUICHERAT

 

 

C’est donc dans ce climat général de large ignorance sur les réalités profondes de l’histoire de Jeanne d’Arc qu’au beau milieu du XIXème siècle un heureux événement fracassant vint provoquer le réveil brutal des consciences assoupies du monde  savant, universitaire et religieux.

 

Le simple fait qui mit le feu aux  poudres fut la publication, de 1841 à 1850 des cinq volumes d’une oeuvre monumentale de l’érudit français Jules Quicherat, inspirée par une étude intelligente et perspicace de la matière des deux procès de condamnation et réhabilitation.

De là, tout un passé chargé d’une gloire éblouissante surgissait des ténèbres d’un oubli de 5 siècles d’une incompréhensible indolence des consciences du monde réputé savant.

 

Ce fut bien là le phénomène de révélation auquel nous tenons aussi à donner le nom de révolution culturelle qui en explique la nature et l’importance, car il s’agit bel et bien d’une authentique résurrection d’une tranche capitale de l’histoire.

 

 

 

 

UN JEUNE « RATIONALISTE »

 

 

Un simple coup d’œil sur la personnalité de l’auteur de cet événement nous renseignera mieux sur les circonstances de son débouché sur la scène de l’actualité.

 

Jules Quicherat était un jeune universitaire de vingt-sept ans. Ses pensées, entachées de l’esprit de cette première moitié du XIXème siècle, étaient celles d’un « rationalisme » quelque peu obtus, dans le sens équivoque qu’à l’époque on donnait à ce mot.

 

Mais chez lui, une honnêteté profonde sauvegardait cette objectivité qui est la qualité première du véritable savant. Et ce fut là l’origine de la merveilleuse aventure intellectuelle de sa vie.

 

 

 

 

LES « TÉNÈBRES DU MOYEN-AGE »

 

 

Sa position d’un athéisme tranquille avait entaché sa conscience d’historien de vocation, d’une véritable tare qu’il avouait lui-même et dénonçait en termes explicites. Il ne comprenait rien au Moyen-Age dont l’histoire lui paraissait mystérieusement fermée. Comment ne pas voir dans cette infirmité intellectuelle un handicap rédhibitoire chez un historien?... Son aveu d’une touchante loyauté est à nos yeux d’un apport inestimable!...

 

Il nous éclaire en effet sur la cause et la signification du drame de toute une époque, celle où des esprits de capacité limitée qualifiaient avec mépris d’  « obscurantisme médiéval » ce qui ne tombait pas sous le sens de leur rationalisme militant. Par un effet logique d’opposition à cette « obscurité », le « siècle des lumières » était à leurs yeux celui qu’éclairaient de leurs lueurs falotes, les lampions tricolores des bals populaires du 14 juillet.

 

Ainsi, l’honnête et candide confession rationaliste de Quicherat nous renseigne sur ce sujet. La suite des événements va confirmer pour lui la nature et l’importance du phénomène.

 

 

 

 

UNE  DÉCOUVERTE  PROVIDENTIELLE

 

 

On en était donc là lorsque Quicherat, poussé par son sens fureteur de chercheur passionné, mit la main sur les poussiéreuses liasses de parchemin chargé de réalités historiques concrètes. C’étaient les minutes des 2 procès ecclésiastiques de 1431 et 1456.

 

L’effet des révélations qu’il y puisa fut stupéfiant. Devant lui se campait l’éblouissante stature de la jeune fille de dix-sept ans, à la fois sainte et guerrière, tenant tête sur leur terrain, aux attaques perfides d’un cénacle de théologiens retors, vicieux et agressifs, comme la lance au poing sur les champs de bataille, elle pourfendait avec éclat des armées ennemies plus fortes que la sienne.

 

 

 

 

LA CONVERSION DE L’INCRÉDULE

 

 

Comment l’esprit honnête de Quicherat pouvait-il résister à une telle vision ? Brusquement, les « ténèbres du Moyen-Age » se dissipaient à ses yeux. Notre jeune rationaliste en fut tellement subjugué que le vieux démon de son athéisme infantile en fut terrassé. Pour révéler le caractère profond de sa conversion, il se servit d’une expression dissipant toute équivoque en affirmant que « Domremy avait été son Bethléem ! ». En s’engageant dans le sillage de la Pucelle, il avait trouvé son « chemin de Damas ».

 

Dès lors, il n’eut plus qu’à prendre la plume pour lancer au monde savant éberlué, le message tiré de ses découvertes.

 

 

 

 

« LA BOMBE QUICHERAT »

 

 

Ainsi, dans le monde cultivé de cette époque d’obscurantisme laïc, cet apport inattendu prit d’emblée le caractère d’une authentique révolution culturelle, avec les bouleversements profonds que l’on pouvait attendre. Tel fut l’effet de ce que nous tenons à baptiser du nom de « Bombe Quicherat ».

 

 

 

 

CRITIQUES ET MÉRITE

 

 

Certes, l’œuvre de Quicherat n’est pas, dans son fond, exempte de critiques. Elle comporte bon nombre d’erreurs et de dérapages idéologiques dont l’inventaire a été scrupuleusement établi dans l’ouvrage magistral du Colonel de Liocourt, un très brillant élève de l’École Supérieure de Guerre et combattant des deux guerres « La Mission de Jeanne d’Arc », publié aux Nouvelles Éditions Latines.

 

Mais sous cette réserve, la contribution décisive de Quicherat à la connaissance de l’épisode capital de notre histoire est d’un immense mérite.

 

 

 

 

DES RÉCOMPENSES JUSTIFIÉES

 

 

La percée culturelle provoquée par la publication de ses travaux valut à Quicherat une double promotion bien justifiée comme Professeur à l’École des Chartes, dans les deux chaires d’Archéologie et de Diplomatique. Il s’y ajoutait une Légion d’Honneur, dans un temps (1847) où les attributions civiles et culturelles de ce ruban valaient encore quelque chose.

 

 

 

 

LA RENAISSANCE DE L’HISTOIRE

 

 

Dès lors, dépassant le cadre des sphères universitaires pour atteindre les limites plus larges d’un public averti, la vision que l’on se fit de Jeanne d’Arc prit un caractère nouveau, tout autre que celui de ses romanesques représentationsfantaisistes ou des pieuses images sulpiciennes marquant les pages des missels de nos grand-mères. Sous la plume savante, ardente et honnête de Quicherat, la sainte héroïne surgissait enfin sous sa réalité vivante, dans le fracas des combats, comme le 18 Juin 1429 sur le champ de bataille de Patay.

 

 

 

 

UNE  NOUVELLE  GÉNÉRATION D’HISTORIENS

 

 

Sur cet élan de renouvellement culturel, la génération montante des historiens modernes, celle des enfants de Quicherat, vint apporter sa fructueuse contribution.

Au premier rang de ces études magistrales qui aujourd’hui constituent les principales sources d’un nouvel enseignement, viennent les écrits d’Henri Wallon, du Cardinal Touchet, de Lucien Fabre qui milita avec mérite pour l’institution de la Fête Nationale du 8 Mai, de Marius Sepet l’élève de Quicherat et, plus près de nous, ceux de Régine Pernoud, Marie-Véronique Clin, Philippe Contamine, avec l’apport décisif du Colonel de Liocourt.

 

Sous ces plumes érudites, la vraie personnalité de la Pucelle et l’authentique signification de son épopée se trouvent restituées sous leurs divers aspects spirituels et militaires, rendant à la sainte et héroïque bergère la place dominante qui lui revient non seulement dans les fastes de notre histoire nationale, mais plus encore dans celle de l’humanité elle-même.