XIVeme siècle

 

1) Les fortifications d'Harfleur Vers le milieu du XIVeme siècle, devant la menace anglaise, les rois de France décident de fortifier la ville d'Harfleur. La cité doit surveiller l'entrée de l'estuaire de la Seine, protéger la voie fluviale qui mène vers Rouen et Paris et protéger aussi la flotte de guerre française. Pour l'ennemi anglais Harfleur va devenir la "Clé du royaume de France" dont il faudra s'emparer pénétrer au coeur du pays.Ce site de vallée entouré et dominé par des plateaux aux pentes abruptes ne paraît pas très favorable à la création d'une ville fortifiée, mais la présence de deux rivières et la proximité de l'estuaire permettent le creusement de fossés profonds toujours emplis d'eau.Un rempart de 2900 mètres entoure la ville. Seule une ouverture entre deux puissantes tours permet aux bateaux de pénétrer dans le port, mais en cas de danger, une lourde chaîne en ferme l'accès.Les fossés sont alimentés par les eaux de la Lézarde et du Saint-Laurent. Ils communiquent aussi avec l'estuaire et subissent donc l'influence des marées. Aux abords de la porte de Rouen ils forment une sorte de lac où les poissons deviennent abondants. Un quartier de pêcheurs va se créer à proximité, c'est la "Pêcherie".Le secteur le plus vulnérable reste celui du Mont-Cabert où un profond fossé va devoir séparer la ville de la terrasse naturelle qui la domine. Un deuxième fossé plus petit creusé à l'avant du premier complète les défenses dans ce secteur. Certains auteurs affirment que le fossé du Mont-Cabert était aussi empli d'eau, cela paraît cependant fort improbable.Des tours d'importance diverse renforcent le rempart. Chacune d'entre elles porte un nom, selon sa situation (tour Toustre) son emblème (tour du Dragon) son histoire (tour de la trahison)...Deux puissantes tours gardent l'entrée du port. Dans le "clos aux Galées" on voit une tour isolée, la tour perdue, qui servait peut-être de vigie. Des moineaux, petits bastions flanqués de guérites, renforcent le système défensif lorsque les tours paraissent trop espacées.Trois portes puissamment fortifiées permettent d'entrer dans la ville, au Nord, la" Porte de Montivilliers" , à l'est la "Porte de Rouen", vers l'ouest la "Porte de Leure". 
Liste des tours et portesTour Jehan d'Ivry -Tour de la Grue ou de la cigogne -Tour des Moulins - Tour derrière le Presbytère - Porte de Montivilliers -Tour Toustre -Tour du Mulot -Moineau des mines - Tour de la Trahison -Tour du Cygne - Tour du Serpent ou du Dragon - Tour du Limaçon - Tour Mortier - Porte de Rouen - Tour de la Planchette - Tour du Nid de Pie - Petite tour - Grosse tour - 3 tours du Clos aux Galées - Pont aux chaînes - Tour du Pot d'Etain - Tour du Lion - Porte de Leure - Tour Perdue
2) Henry V Roi d'AngleterreHenry V, qui arrive sur le trône d'Angleterre en 1413, hérite d'une situation assez difficile, mais il possède de solides qualités qui vont faire de lui un grand roi.Henry V est d'abord un diplomate adroit mais intransigeant lorsqu'il s'git de faire valoir ses droits. C'est un excellent organisateur, la campagne de France va être minutieusement préparée. C'est aussi un remarquable chef de guerre, il saura utiliser efficacement l'artillerie devant Harfleur et il gagnera la difficile bataille d'Azincourt. Des victoires et la conquête du royaume seraient un bon dérivatif au mécontentement de ses sujets et en particulier des contribuables excédés par le coût de cette guerre. Le roi chrétien rêve de l'union des deux royaumes et de cette nouvelle richesse qui lui permettrait d'organiser enfin une nouvelle croisade contre les Turcs.Des négociations s'engagent avec la France mais les conditions anglaises sont inacceptables. Henry V fait donc accélérer le recrutement de l'armée et les préparatifs de la flotte.Harfleur est choisi comme première cible de l'offensive. La prise de la ville forte doit ouvrir la route de la Normandie et du Royaume de France. Henry V veut faire du port d'Harfleur une solide tête de pont, un second Calais. Mais Harfleur est aussi un nid de pirates qui désorganisent le commerce dans la Manche et menacent continuellement les côtes anglaises . La prise du port doit assurer la sécurité des villes côtières et des navires marchands anglais.
Royaume de France"Oh, figurez-vous que vous êtes seul sur le rivage, et que vous apercevez une ville dansant sur les vagues inconstantes ; car telle apparaît cette flotte majestueuse qui se dirige vers Harfleur."Shakespeare (Henry V)
3) Débarquement de l'armée anglaise
Le mardi 13 août 1915 la flotte anglaise arrive à l'embouchure de la Seine devant le Chef de Caux (actuellement Ste Adresse). Henry V monté sur la "Trinité" est accompagné de 1600 navires. Le débarquement est remis au lendemain par mesure de sécurité ; un groupe de cavaliers va cependant reconnaître le terrain.Le 14 août, les canots et les chaloupes amènent à terre le roi et son armée de plus de 30 000 hommes. Le débarquement s'opère entre les rochers de Ste Adresse et les marécages du futur Havre, sans doute vers le quartier actuel du Perrey. Les troupes anglaises prennent pied sur la plage de galets et progressent à travers les mares et les levées de terre sans rencontrer la moindre résistance.Le soir l'armée campe sur le plateau, le roi et sa suite logent au Prieuré de Graville en attendant le débarquement complet des hommes, des chevaux et du matériel.
4) Henry V devant HarfleurLe samedi 17 août le débarquement est terminé. L'armée anglaise comprend 6000 hommes d'armes, 24 000 archers mais aussi des canoniers, des mineurs, des charpentiers. Henry V dispose ses hommes en 3 colonnes, il prend la tête de celle du centre, les deux autres protègent ses flancs vers l'arrière. L'armée progresse à travers les champs, les prairies, les vergers et arrive enfin à l'extrémité du plateau de Caucriauville. De ce promontoire appelé "Côte des Buquets", Henry V peut contempler la "Clé du Royaume de France" dont il doit s'emparer.
5) Le blocus d'HarfleurLes difficultés du siège apparaissent aussitôt. La vallée de la Lézarde est inondée et il est impossible de gagner directement la rive Est. Les Harfleurais ont détruit les ponts et obstrué le cours de la rivière. Les eaux ont recouvert un secteur déjà marécageux et elles remontent même dans les vallées de Rouelles et de Saint-Laurent. L'eau n'est pas très profonde mais le sol spongieux, les mares et le lit sinueux de la Lézarde rendent impossible le passage d'une troupe en tenue de combat et fortement armée.Le blocus devient urgent car les renforts arrivent chez les assiégés. Le sire de Gaucourt avec 400 hommes vient de renforcer la garnison en rentrant par la porte de Rouen. Des convois de matériel partis de Rouen progressent vers la ville.Henry V envoie donc pendant la nuit une colonne commandée par le Duc de Clarence pour investir la ville sur le côté Est.La troupe anglaise doit faire un large détour vers le Nord. Près de la ferme du Harquebosc elle peut enfin traverser à l'aide de barques et prendre pied sur la rive gauche. Vers le château de Colle-moulins elle franchit la rivière de Saint-Laurent et elle peut entreprendre la montée sur le plateau.Dans leur progression les Anglais ont la chance de surprendre un convoi de chariots tirés par des chevaux et transportant du matériel de guerre, canons, poudre, machines diverses.Le 18 au matin, ils apparaissent enfin sur le Mont-Cabert et peuvent se déployer sur le versant et les terrasses.La flotte anglaise ferme le chenal vers l'estuaire de la Seine. Le blocus de la ville est total.
6) Les machines de guerreLes machines de guerre utilisée durant et pendant les sièges.Durant les sièges des villes au moyen-âge, de nombreux types d'engins sont utilisés pour abattre les tours et les murailles. Les assiégeants essaient d'ouvrir une brèche dans les défenses mais aussi de démoraliser l'ennemi en écrasant les fortifications et les demeures sous une pluie de projectiles. Ces engins utilisent le principe de l'arbalète ou de la fronde, ils peuvent envoyer d'énormes pierres mais aussi des javelots, des matières enflammées, des cadavres et même parfois des prisonniers vivants.Henry V a fait transporter par ses navires plusieurs de ces machines, mais nous ne pouvons dire avec précision quels sont les types utilisés devant Harfleur.La longue histoire de ces machines de guerre commence dans l'antiquité, les Romains utilisaient déjà plusieurs de ces engins. Les croisés les découvrirent lors de leurs combats contre les musulmans au Moyen-Orient et ils introduirent leur utilisation en Europe. Ces machines de siège encombrantes et au maniement difficile disparurent avec l'avènement et les progrès de l'artillerie.
7) Les préparatifs de l'assautHenry V prépare activement l'assaut contre la ville. Des fascines ont été fabriquées et entassées prêtes à être jetées dans les fossés pour les combler. Des échelles ont été transportées d'Angleterre, d'autres ont été confectionnées sur place. Les charpentiers ont élevé des tours de bois mobiles aussi hautes que les remparts contre lesquels elles doivent être posées.
"L'entrée du port et une grande partie du mur qui, à l'heure du flux était ouverte et exposée aux attaques navales, avaient été armées de pieux et de grands arbres plus gros que la cuisse fichés en rangs épais, tant à l'intérieur vers la ville qu'à l'extérieur vers la Seine, afin que si nos navires voulaient profiter du flot pour pénétrer dans Harfleur par le port ou pour tenter un assaut contre les murs, la vue des pieux les fit reculer ou que, s'ils méprisaient l'obstacle ou ne l'apercevaient pas sous l'eau gonglée par la marée, ils allasse subitement se jeter dessus ; et alors leur naufrage eût été probable." Récit d'un témoin oculaire
8) La défense s'organiseLe capitaine de la ville est le seigneur Jean d'Estouteville, il est assisté des sires d'Harcourt, de Bréauté, de Bacqueville etc. Le 18 août il doit céder le commandement au sire de Gaucourt entré par la porte de Rouen avec un solide renfort de 400 hommes d'armes.Il faut ajouter à cette troupe, les habitants d'Harfleur aptes au maniement des armes. Chacun se doit de participer selon ses moyens à la défense de la ville : garde sur les remparts, fabrication des armes, répartition des murailles et transport des munitions... On sait bien à l'époque, ce que signifie une ville prise d'assaut avec les massacres et les pillages qui suivent.Il y a des réserves de vivres en quantité suffisante, si le siège ne dure pas trop longtemps. Il n'y aura pas de famine comme à Rouen, quatre ans plus tard, où on jettera dehors les "boyches inutiles", enfants, femmes, vieillards qui mourront de faim dans les fossés entre les deux camps.En prévision des combats, les Harfleurais renforcent les fortifications.Au devant des portes ils élèvent des boulevards circulaires protecteurs. Le boulevard le plus important est celui de la porte de Leure. Son talus de terre est garni de gros arbres, non équarris, solidement serrés et reliés. Selon les chroniqueurs, ce rempart de bois s'élève presqu'aussi haut que les murs de la ville. Des anfractuosités, créneaux ou meurtrières permettent de pointer les canons et de tirer à l'arc ou à l'arbalète. A l'intérieur des abris sont aménagés pour les défenseurs et les munitions. Cette barbacane est reliée à la ville par un pont dormant et à l'extérieur par un petit pont-levis en bois. L'ensemble de ce système défensif est entouré d'un profond fossé.L'entrée du port déjà gardée par deux grosses tours reliées par une forte chaîne est aussi obstruée par des pieux. Comme la marée montante peut permettre aux navires anglais de s'approcher des remparts et des tours, les Harfleurais ont enfoncé d'énormes pieux en rangs épais dans tout le chenal.Sur les remparts d'Harfleur la défense s'organise. Les arbalètriers et les archers ont à proximité les flêches ou les carreaux en abondance. On a ramassé des pierres et des projectiles divers qui seront lancés sur ceux qui tenteront de s'approcher de la base du rempart. Pour détruire les tours de bois et les autres engins d'approche, les Harfleurais ont préparé des pots contenant des matières inflammmables. D'autres vases contiennent du soufre et de la chaux vives à être jetés dans les yeux de ceux qui tenteraient l'escalade. Les assiégés ont même confectionné des pots remplis de poudre explosive, sortes de grenades défensives ou de bombes. Henry V a fait installer une partie importante de son artillerie face à la porte de Leure. Selon ses ordres, jour et nuit, les soldats creusent la terre et déplacent vers l'avant le talus qui protège les canons. Il s'approchent ainsi très près des fortifications et les boulets peuvent frapper de plein fouet les remparts.Pour assurer une meilleure protection des artilleurs, Henry V a fait confectionner de solides mantelets de fer et de bois qui se relèvent au moment où le canon doit tirer sur la ville.
9) Les bombardes tirent sur HarfleurL'artillerie n'est pas une invention nouvelle, dès le XIVème siècle on signale sa présence dans les combats. Les bombardes de Crécy en 1328 sont restées célèbres. Ces premières "bouches à feu" n'ont cependant qu'une précision et une portée très limitées.</div>Les canons disposés devant Harfleur sont vraisemblablement du même type que ceux utilisés par les Anglais durant le siège du Mont-Saint-Michel, les fameuses "Michelettes"..La fabrication de ces bombardes rappelle celle des tonneaux de bois. On dispose des lames fer forgé autour d'un cylindre de calibre donné et à chaud on enfile solidement autour, des cercles de métal. Nous ne connaissons pas le poids des bombardes utilisées à Harfleur mais en se référant aux boulets retrouvés on peut supposer de 3000 à 5000 Kg.Ce long tube est disposé ensuite sur un affût de bois solidement fixé au sol par des pieux pour éviter le recul. Le pointage se fait avec des coins que l'on enfonce entre les éléments de l'affût.A l'aide d'une longue cuiller de bois on dépose la quantité de poudre nécessaire au fond du canon, où elle est ensuite tassée à l'aide du refouloir. Le mélange est fait à la main et les proportions ne sont pas toujours fidèlement respectées. Parfois les artilleurs augmentent la charge de poudre, ce qui provoque l'explosion de la chambre.Dès le début du XVéme siècle on utilise la granulation de la poudre, ce qui permet d'obtenir un mélange plus régulier.Ces bombardes utilisent des boulets de pierre. Des projectiles en métal 4 fois plus lourds auraient nécessité une grande quantité de poudre et le tube de la bombarde n'aurait pas résisté. Les boulets retrouvés à Harfleur ont un diamètre de 13 à 55 cm et un poids qui varie de 3 à 200 Kg.La mise à feu s'effectue par une ouverture située au dessus de la chambre : la "lumière". Une tige de fer rougie met le feu à la poudre et provoque l'explosion qui propulse le boulet.
10) Les minesHarfleur, au moyen-âge, est une ville presque entièrement entourée d'eau, il est donc très difficile d'y creuser des mines.Seul le sceteur est, le Mont-Cabert, possède des fossés très profonds mais pratiquement secs; c'est là, entre la Tour du Mulot et la Tour de la Trahison que le Duc de Clarence décide d'attaquer les murailles. Deux puits sont creusés prolongés par deux galeries sous les fossés. Cependant, tout ce travail est fait à la vue des Harfleurais qui creusent aussitôt des contre-mines.</div>Lorsque les galeries se rencontrent, ce sont des combats singuliers où s'affrontent des combattants qui veulent affirmer leur valeur.Une troisième mine est creusée mais sans plus de succès car elle est contrée aussi par les Harfleurais.La position défensive gardera le nom de "moineau des mines" et le secteur s'appellera désormais "quartier des mines".Les minesLa mine était une des méthodes les plus efficace pour s'emparer d'une forteresse. Les mineurs creusaient une longue galerie vers les fortifications qu'ils voulaient abattre. Dès qu'ils avaient atteint les fondations des remparts, ils mettaient le feu aux étais de bois qui soutenaient le tunnel. La cavité s'écroulait en provoquant l'effondrement des soubassements des fortifications. Les assaillants pouvaient alors se ruer dans la brèche qui venait de s'ouvrir.Les contre-minesPour neutraliser les mines l'assiégé devait creuser des contre-mines.Lorsque les deux galeries se rejoingnaient, de furieux corps à corps se déroulaient dans la semi-obscurité. Parfois les nobles venaient se défier et combattre à l'arme blanche.
11) Une sortie des HarfleuraisLe dimanche 15 septembre la garnison de la Porte de Leure remarque un relâchement dans les positions adverses.La dysenterie s'est développée dangereusement chez les Anglais et ce même jour, l'évêque de Norwich, Richard Courtenay favori du roi, vient de mourir.L'occasion est bonne pour tenter une sortie. Le pont-levis est abaissé et les Français se ruent sur les Anglais qui sont surpris par cette attaque soudaine. La position anglaise est prise, les Harfleurais l'incendient avant de regagner leur barbacane.Le lundi 16 les Français tentent une nouvelle sortie mais l'effet de surprise ne joue plus et ils sont repoussés. Les Anglais les poursuivent, mettent le feu à la barbacane à l'aide de flêches enflammées et ils réussissent à occuper cette position avancée.
12) Les Harfleurais et la brèche "La brèque"Les canons et les machines disposés sur le secteur ouest, projettent depuis le début du siège une quantité considérable de boulets de pierre contre les remparts et sur la ville. Henry V est bien décidé à ouvrir une large brèche où ses troupes pourront s'engouffrer. Il veut aussi démoraliser les assiégés en démolissant la plupart des habitations du quartier.Le 17 septembre, la brèche est déjà importante, les murs se lézardent et des tours menacent de s'écrouler. Toutes les nuits, les Harfleurais réparent et consolident avec des pierres, des poutres, des fascines ou des tonneaux remplis de terre ou de sable. Au matin, les assiégés sont à nouveau à leur poste derrière une brèche en partie colmatée.Des remparts jusqu'à l'église le quartier est en ruine, les maisons sont lézardées, les toits éventrés et les murs s'écroulent. Pour éviter les éclats meurtriers les Harfleurais ont répandu de la terre et du fumier dans les rues, les boulets qui tombent s'enfoncent et ne se brisent pas.Henri V, excédé par cette résistance, menace les Harfleurais des pires représailles. Si la la reddition n'intervient pas rapidement, l'assaut sera donné, la ville livrée au pillage et les habitants massacrés. Le temps presse en effet, la dysentrie fait des ravages dans le camp anglais et le roi de France peut tenter de venir débloquer sa ville. Les Harfleurais refusent à nouveau de se rendre.L'assaut est donc décidé pour le 18 au matin. Henry V veut en finir avec cette "race à tête dure". Le pilonnage de l'artillerie doit être intensifié toute la nuit. il faut rendre la brèche intenable aux assiégés. Le bombardement nocturne doit aussi les priver de sommeil et les rendre plus vulnérables au matin. Sous cette avalanche de boulets les Harfleurais attendent avec angoisse l'assaut.Les responsables de la défense se réunissent et malgré une mésentente probable entre Gaucourt et d'Estouteville, ils décident de renouer les négociations avec Henry V et de préparer la reddition. Ils obtiennent en effet que l'assaut soit retardé et que le bombardement cesse jusqu'au dimanche suivant.Lorsque la capitulation a lieu c'est par cette brèche que les Anglais pénètrent dans Harfleur pour bien montrer qu'il s'agit d'une ville conquise.
13) La capitulation d'HarfleurLe dimanche17 septembre un héraut d'armes est envoyé auprès du Duc de Clarence pour solliciter une trêve.Après des négociations et la livraison de 24 otages, les Harfleurais obtiennent l'arrêt des combats jusqu'au "dimanche d'avant la St Michel". Si à cette date, Harfleur n'est pas secouru, la ville se rendra sans conditions.Le Sire de Bacqueville est envoyé à Vernon où se trouve l'armée française. Cependant les troupes ne sont pas assez nombreuses et ne veulent pas se risquer à affronter les Anglais. Les chefs de l'armée refusent donc de marcher au secours de la ville assiègée.Le dimanche 22 septembre comme convenu, la ville se rend sans conditions.Henry V monte sur son trône dressé sous une tente à l'extrémité du plateau de Caucriauville qui domine Harfleur. Il est entouré de seigneurs qui ont revêtu leurs plus riches habits et il attend les vaincus.Les capitaines français d'Estouteville et de Gaucourt accompagnés de 22 chevaliers et de 84 notables sortent par la Porte de Leure et apportent au roi d'Angleterre les clefs de la ville.Les bannières françaises qui ont été enlevées sont remplacées par celles St Georges et de Henry V. Le comte de Dorset oncle du roi est désigné comme capitaine de la place. La garnison se compose de 300 lances et de 900 archers.Selon certains chroniqueurs de l'époque, les deux tours qui gardent l'entrée du port vont encore résister plusieurs jours et refusent de se rendre.
14) Les Harfleurais chassés de leur villeLe 23 septembre, Henry V entre par la "brèche" dans la ville conquise et se rend à l'église St Martin pour remercier Dieu de lui avoir accordé la victoire.Harfleur doit devenir une ville anglaise. Toutes les archives sont brûlées sur la place publique. Nul ne pourra devenir propriétaire s'il n'est citoyen anglais La population doit partir pour laisser la place aux colons venus d'Angleterre.Les riches bourgeois sont envoyés à Calais pour y être rançonnés. Les pauvres, les femmes, les enfants, les vieillards sont jetés hors de la ville. C'est une longue colonne de malheureux qui dans "les lamentations et les pleurs avec 5 sols en poche et les meilleurs habits" franchit la Porte de Rouen et se dirige vers St Aubin."si estoit piteuse chose de voir les regrets que faisoient iceux les habitants délaissant ainsi leur ville avec leurs biens".