par Jean Marie LEVESQUE

 

Blason Normand...


Pas de lions sur le blason normand en effet mais deux "léopards passants, d'or, sur champ de gueules".

 

Le léopard héraldique est souvent confondu avec le lion dans la mesure où il est représenté comme lui avec une crinière et sans aucune caractéristique de pelage tacheté.
En fait le léopard héraldique se distingue du lion en ce qu'il est représenté "passant", c'est-à-dire marchant sur trois pattes, la quatrième dressée, corps de profil et tête de face, et queue redressée vers l'extérieur (et non retombant sur le dos, comme pour le lion). Le léopard peut être "lioné", ou "rampant" (la position héraldique du lion), s'il est dressé sur ses pattes arrières. Il ne se distingue plus alors que par la queue et le tête.

 

Ceci dit, le léopard est dans le bestiaire médiéval un cousin du lion. "Léo-pard", soit batard du lion (leo) et du "pard", la panthère. Animal maléfique puisque batard.Henri II Palntagenêt aurait choisi ce blason en défi au pape après son excommunication pour le meurtre de Thomas Becket ???

 

Car en fait les léopards de Normandie sont anglais. Anglo-angevins plus précisément, et normands par alliance.
Ils sont dérivés du plus ancien blason connu de la famille comtale angevine : les Plantagenêts, celui de Geoffroy, père d'Henri, dont on peut admirer la plate-tombe en émail, dite pour cela "l'émail Plantagenêt" au Musée du Mans.

Sur l'émail Plantagenêt les figures sont disposées en semis (en nombre non fixé) sur champ d'azur, comme c'est le cas pour beaucoup de blasons au début de la période héraldique (il n'y a pas d'armoiries au sens strict avant le XIIe s.). Les lys de France sont ainsi en semis avant d'être au nombre de trois en hommage à la Sainte Trinité.
Les léopards Plantagenêts ont suivi la même évolution. On parle parfois de trois léopards pour les trois fils d'Henri, Henri le Jeune, Richard et Jean. Mais Henri II a eu d'autres fils.

L'azur (bleu) et le gueule (rouge) sont quand à elles des couleurs communes dans les grandes familles d'Europe. Henri II préférera donc le rouge au bleu.
Il n'y a pas de rapport entre le surnom de Richard et les léopards du blason. Les contemporains ne pouvaient faire la confusion.

 

Les armoiries des Plantagenêts passent donc dans le blason royal d'Angleterre. Par la suite les souverains anglais y ajoutent les lys de France (qu'ils gardent toujours) en rappel de leur revendication du trône de France, cause de la guerre de Cent Ans. En réponse et par défi, Charles V prendra les léopards plantagenêts, réduits au nombre de deux, pour blason de la Normandie, théâtre important des chevauchées anglaises et françaises et province donnée en apanage aux héritiers de France - Charles V fut duc de Normandie, comme son père Jean le Bon.

 

On ne peut donc pas parler des deux léopards d'or sur champ de gueule comme blason de la Normandie avant le couronnement de Charles en 1365. Rien à voir, faut-il le préciser, avec Guillaume le Conquérant.