Par Olivier Trotignon, médiéviste.

Boutillon-pont

 

Voici un ouvrage d’art comme il en existe des milliers sur le sol français. Il n’a rien de particulièrement remarquable mais il subit depuis plusieurs mois? années? les effets désastreux d’une circulation de poids lourds inadaptée à sa petite dimension.
Boutillon est un hameau de la commune de Saint-Pierre-les-Etieux, riverain de la Marmande, petite rivière affluente du Cher. Sous l’Ancien régime, des forges avaient fonctionné sur sa rive gauche, et un pont, de belle conception mais de dimension réduite, avait été construit pour franchir le cours d’eau. Plus tard, sans doute au XIXe siècle, un nouvel ouvrage, plus large, fut établi à une centaine de mètres en aval. Ce pont de pierre de taille comporte deux arches et est suffisant pour le passage des véhicules légers et des engins agricoles. Jusqu’à ces dernières années, il assumait sa mission sans dommages visibles, jusqu’à ce que les routiers, peut-être guidés par leurs GPS, entreprennent de l’emprunter pour rallier l’axe Saint-Amand-Montrond/Nevers à la route Montluçon/Saint-Amand.
Considérée de manière globale, la circulation des poids lourds dans ce secteur est très délicate, surtout s’ils refusent de prendre l’autoroute pour passer de l’axe nord-sud à l’axe est-ouest. Saint-Amand, ville moyenne, se traverse facilement de l’est vers l’ouest, avec un embranchement commode vers le nord, mais pose de gros problèmes lors de la traversée de son centre-ville par des véhicules de gros gabarit. La récupération de la nationale 144 en direction de Montluçon oblige les routiers à s’engager dans une rue très fréquentée à certaines heures de la journée. Certains cherchent donc d’autres solutions et surtout vont au plus court, ignorant le passage pratique par Ainay-le-Château et la forêt de Tronçais. La traversée de Charenton étant impossible à cause des rues trop étroites de la petite ville, il reste, pour son malheur, le pont de Boutillon. C’est ainsi qu’on voit de plus en plus fréquemment s’y engager des camions dont les chauffeurs, ignorant les cartes routières, se laissant guider par leurs GPS, se retrouvent sur des petites routes de campagnes, accrochant le parapet du pont au passage.

 

Boutillon2-

Pierres descellées, poussées comme des dominos, fendues par les chocs, projetées dans la rivière, le pont de Boutillon se dégrade de façon plus qu’alarmante. Quelques essais maladroits de restauration ont bien été tentés, comme ce coffrage de béton qui porte, marquée de l’index dans le ciment encore frais, l’exclamation vengeresse:


“Feineants Les Pierres!!!” (sic)

Boutillon-pierres

 

mais rien n’y fait. Le dernier accrochage a déstructuré tout le haut d’un parapet. On peut légitimement craindre qu’un prochain chauffard achève le travail et pousse la rampe dans la Marmande. Il faut ajouter que le pont n’est pas le seul à souffrir: le goudron des petites routes se fendille et, plus insidieusement, les vibrations dues au trafic expliqueraient les nombreuses ruptures de canalisations repérées le long de ces routes.

 

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Je sais qu’un simple article sur un blog n’a qu’un impact microscopique sur la vie de la cité, que ce qui arrive au pont de Boutillon est “la faute à Pas-de-chance”, que les services publics sont essorés pour des raisons budgétaires, que le pont n’est pas inscrit à l’inventaire des Monuments historiques...mais il me semble, considérant que la solution existe avec le passage par Ainay-la forêt de Tronçais, qu’un arrêté municipal ou préfectoral limitant l’accès à cette partie du canton serait une promesse d’économies futures et ne gênerait en rien l’activité rurale.

 

Boutillon3-