château de Rustéphan en danger

 

château de Rustéphan en danger

Monsieur Yann P. attire mon attention voici quelques jours sur le triste état du manoir de Rustéphan (manoir ou château à Pont-Aven) ainsi que de son vif désir de le voir réutilisé et restauré afin que ce monument du patrimoine ne disparaisse pas. De par sa profession, monsieur P. ne peut être considéré comme l'un de ses illuminés tombé en extase devant une ruine et qui, un soir d'été en vacances, décide de partir en croisade pour le patrimoine.

En effet c'est sous l'oeil de l'architecte qualifié qu'il observe depuis son enfance ce château et si toute notion de poésie n'a pas disparu de son discours, il est à même de saisir tous les tenants et les aboutissants d'un tel projet.

C'est sous son impulsion que j'ai décidé de me renseigner un peu sur ce château et de voir de quoi il en retournait. Il n'a pas fallu longtemps pour se rendre compte que le cas du château malheureusement trop similaire à bien d'autres éveille la curiosité malsaine de certains et le respect des initiés qui ont de longue date vu en lui un édifice à conserver.

Voici en guise de préambule un extrait des observations d'éminents archéologues du Finistère à la fin du 19e siècle :

"Sur l'invitation de M. le Président, M. le Directeur du Musée départemental rend compte des démarches récemment entreprises pour sauver d’une destruction imminente une des ruines les plus intéressantes du Moyen-Age, dans notre Cornouaille. C’est le château de Rustéphan, situé près de Pont-Aven, dans la commune de Nizon. Les cultivateurs qui ont acquis le convenant, vendu nationalement l'an VI, ayant à édifier des bâtiments ruraux, jugèrent qu’ils trouveraient profit et économie à faire entrer dans leurs constructions, les belles pierres de taille du vieux château. Ils commencèrent donc à en détacher quelques-unes, mais la chose ne s'exécuta pas avec tant de mystère que les habitants de Pont-Aven n'en fussent prévenus. Mis au courant des faits, MM. Luzel et Serret eurent aussitôt la bonne pensée d'intéresser le Conseil général à la conservation du monument et, dans ce but, ils rédigèrent une pétition qui fut signée par tous les membres de l’Assemblée départementale que nous avons l’honneur de compter au nombre de nos confrères.

Le Conseil a signalé à M. le Préfet cet acte de vandalisme et l'a invité à prendre des mesures administratives pour s‘y opposer.

M. le Sous-Préfet de Quimperlé, saisi de l'affaire à son tour, adressa une délégation à M. le Conseiller général du canton de Pont-Aven, le marquis de Brémond d'Ars, et ç M. le Maire de Nizon, pour se rendre sur les lieux. Il n’était que temps : la résistance de la pierre et la cohésion du ciment avaient découragé les vandales, sans qu'ils renonçassent pour cela à leur dessein. Seulement, afin d'aller plus vite en besogne, ils avaient pratiqué trois trous de mine au pied du mur et se préparaient ainsi à faire Sauter la façade. M. le comte Hersart de Cornouaille, fils du maire de Nizon, a pu obtenir un sursis ; mais le délai expiré quadviendra-t-il ? La cupidité est mauvaise conseillère. On dit, et la Société espére que ce bruit se confirmera, qu’une contestation judiciaire est sur le point de s’élever entre les héritiers de M. de Kersalaün et les acquéreurs du convenant, parce que la tour et les ruines 
n'auraient pas été comprises dans la vente de Rustephan.

MM. Serret et Le Guay sont délégués par la Société archéologique du Finistère, prés d’un des héritiers en question. Vu l'urgence, ils voudront bien rendre compte du résultat de leur mission à M. le Président sans attendre la prochaine séance.

A propos de cet inappréciable monument, M. Bigot, fournit des explications sur la législation spéciale à laquelle sont soumis les monuments historiques classés, et présente en même temps un croquis charmant du château de Rustéphan restauré. On y admire surtout les jolis motifs d’architecture qui décorent la tourelle placée en saillie au centre de l'édifice. C’est un véritable bijou archéologique.

Source Bulletin de la Société archéologique du Finistère, Date d'édition : 1874"

de nos jours

Nul besoin de se poser beaucoup de question pour savoir si la situation a évolué positivement de nos jours puisque un rapide coup d'oeil a l'actualité du département via le quotidien Ouest France dans un article daté du 23 Juillet 2010 nous informe que le péril est toujours présent :

"Situées en contrebas de Nizon, sur la commune de Pont-Aven, les ruines du manoir de Rustéphan attendent d'être sauvées. Construit à la fin du Moyen-Âge, vers 1480, l'édifice typique de l'architecture des manoirs et châteaux bretons du XVe, est en grande partie déjà détruit.

De nombreux détails architecturaux ou ornementaux ont cependant résisté aux destructions et pillages des lieux. Aujourd'hui, ce symbole de la Bretagne romantique, qui a inspiré nombre de poètes, peintres et écrivains, fléchit sous les assauts du vent et les morsures de la broussaille. Est-il encore temps de le sauver ? Gérard Berthelom, qui se bat depuis des années pour cela, veut y croire. Isabelle Biseau, maire de Pont-Aven, semble plus sceptique, la propriété du manoir restant un imbroglio juridique."

le point de vue de yann p.

"A ce jour le manoir est à l'abandon. Les propriétaires voulaient s'en débarrasser mais la commune de Pont-Aven ne veut pas s'encombrer d'un tel bien que la maire d'alors (en 2002) considérait comme un fardeau financier et un nid à problèmes.

Je sens aujourd'hui qu'il faut repartir en campagne pour maintenir la tour et l'échauguette, les réparer et créer sur ce lieu fort une activité publique (culturelle, qualitative, écologique, énergétique, muséale, cultuelle oecuménique, etc) Créer un lieu, une marque du présent qui puise aux sources du passé ses conditions à venir.

Les ruines sont somptueuses en l'état. Rustephan est plus beau aujourd'hui et évocateur qu'au xvème siècle. Son aura actuelle est liée à ce qu'il est, à ce qu'il représente et constitue un relais avec le passé qu'il nous évoque, illustrant l'humanité et ses actions constructives et dévastatrices.

Ce lieux me parle depuis que je suis petit. J'ai passé toutes mes vacances à pont-Aven et Rustephan m'a ouvert la porte du rêve, des histoires de châteaux et des contes et des légendes extraordinaires bretonnes. Le manoir est ISMH, il doit être préservé pour ce qu'il est, et ce qu'il peut transmettre comme regard sur la passage de l'homme sur Terre."

Comme je le présentais en introduction on peut palper du doigt une forme de poésie dans le propos de Y.P. tout en restant parfaitement ancré les deux pieds sur terre à la réalité de nos jours. Concernant le projet évoqué, cet architecte n'est pas en reste puisqu'il me communique par le détail de ses relevés l'état de la ruine (voir illustration) où l'on se rend compte de toute l'urgence qu'il y a à réagir une fois qu'on observe le bâti totalement dépouillé du cadre romantique q'une carte postale pourrait rendre.

La photo publiée par Ouest France (cliché qui doit remonter au premier état des lieux mentionné ci-dessus), malgré tout le caractère vétuste apparent laisse presque suposer qu'avec un peu de ménage on aurait juste à poser les bagages (humour).

L'état du château est bien éloigné aujourd'hui de cette vision encore riche. Voir la fiche du Manoir de rustéphan.

Poursuivant son propos mais vers l'avenir Yann P. pose des questions justes à propos du devenir du château :

Il s'agit de consolider ce qui reste comme une grande scultpture au centre de laquelle, ou à côté, derrière ? sera construite une "structure utile"

A vocation artistique ou autre ... Il faut aussi résoudre les problèmes suivants:

  • Trouver un propriétaire.
  • Créer le projet de reconversion.
  • Trouver les financements.

Le débat est posé. Qui levera la main pour répondre à l'appel du manoir de Rusthéphan qui ne demande qu'à servir comme il l'a toujours fait jusqu'à nos jours.

Pour emboiter le pas de ceux qui en 1874 publiaient le rapport de leur cri d'alarme envers le lieu, je souhaite à mon tour, et je ne pense pas être le seul, que la préfecture, la région, le département et tous ceux qui représentent quelque chose pour le pays se mobilisent avec les moyens énormes dont ils disposent pour que ce qui reste du château en 2011 ait une chance d'attirer l'attention de quelqu'un le siècle prochain.