Dans une détestable version industrielle de la fable, Viviane Bosse Perus se bat pour sauver son manoir, condamné à disparaître du terroir sur lequel il veille depuis 600 ans.

10. C'est le chiffre en milliards des bénéfices nets engrangés par le pétrolier TOTAL en 2010 (source : Le Monde.fr Économie). Que représente donc un manoir breton du XVe siècle face à un tel mastodonte du CAC 40 ? Rien... Il est certes toujours de bon ton, dans les milieux industriels, d'afficher son amour pour la culture, le patrimoine, les questions environnementales. TOTAL a notamment créé unefondation à son nom, qui lui permet de mettre en avant une image lisse d'entreprise idéale, soucieuse du respect de notre cadre de vie. Mais tout cela trouve bien sûr ses limites dès qu'un élément patrimonial, vieux de cinq siècles, a le mauvais goût de venir contrarier ses volontés.

Passion contre pétrodollars

Manoir de la Hélardière (photo Viviane Bosse Perus)En 2002, Viviane Bosse Perus acquiert sur un coup de cœur le manoir de la Hélardière, remarquable construction datant de 1426, située à proximité de la raffinerie de Donges (Loire-Atlantique). Elle se lance avec passion dans sa restauration et sauve ses bâtiments de la ruine. Il y a notamment là, entre autres merveilles, une belle chapelle du XVe siècle avec des vitraux d'époque, et une salle seigneuriale couverte d'une charpente sculptée. Cela n'est pas du goût de son puissant voisin, qui semble préférer l'endroit à l'abandon et tombant en ruine. « Total a toujours essayé de me décourager dans ma restauration, s'insurge-t-elle, en intervenant sur tous les dossiers de demande de subvention pour m’essouffler financièrement. »

Faire-part de décès

Manoir de la Hélardière (photo Viviane Bosse Perus)Un pallier supplémentaire est franchi lorsque la DREAL (Direction Régionale de l'environnement, de l'aménagement et du logement) présente son nouveau PPRT (Plan de prévention des risques technologiques). Viviane peut cette fois être jetée hors de chez elle à coup d'acronymes barbares. « L’ étude des aléas de risques fournie par l’entreprise TOTAL à l’administration, poursuit-elle, fait ressortir que tout le quartier de la Hélardière est le plus menacé, contrairement aux abords du bourg de Donges situés face à la zone de raffinage. » Cinq autres habitations et quelques entreprises sont également concernées. Le choix sera limité en cas de validation de ce plan : le manoir sera soit délaissé, soit renforcé. Cette dernière solution n'est cependant pas envisageable. Il faudrait notamment pour cela déposer des vitraux du XVe siècle et les remplacer par du triple-vitrage. « Le rachat entraînera une destruction du manoir, conclue Viviane. Tous les bâtiments qui ont été achetés depuis un an sont passés sous un bulldozer. » Cela serait d'autant plus curieux que la DRAC (Direction Régionale des Affaires Culturelles) a voté à l'unanimité le classement aux MH du manoir dès 2006, mais que le dossier est demeuré bloqué depuis cette date sur le bureau du préfet de Loire-Atlantique. Ah, les ors (noirs) de la République...

En attendant, Viviane Bosse Perus se bat avec courage pour défendre son bien, qui est aussi un élément irremplaçable de notre patrimoine. Cela mérite au moins notre respect, au mieux notre soutien.